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10.01.2006

Hymne à la peine

Une plainte émanait, dolente et lancinante…
Un gémissement lent,
déroutant.
Une douce mélopée,
modifiée, transformée.
Encensée de douleur et de haine.
De peine.
Un hymne à la joie coulant à même les veines.
Hymne à la peine.

Le vieux Jim faisait grincer son frère de sang.

Etrange phénomène que de voir ces deux êtres unis dans un profond marasme.
Une seule voix, un même cri, unique lien à la vie.
L’un pour l’autre. L’autre enclin à la souffrance de l’un.
Deux âmes torturées, hachurées par la torpeur du temps.
Deux âmes fusionnant.

Le vieux Jim faisait hurler son frère de sang.

Ses deux mains recourbées sur son épine dorsale.
L’épine se soumettait, acceptait la présence de l’autre.
L’opulance de l’autre.
Sa frêle prestance soumise aux doigts agiles, rapides.

Le souffle saccadé du vieux parcourait ses entrailles ;
Souffle qui jadis enflammait tout son être accusait désormais les excès de mal vivre.
L’haleine fétide, exaltait des relents de lambic.
Son corps tout entier transpirait le houblon, son sang n’était que bière. L’échine supportait, tolérait.
Ils n’étaient qu’un.
Partageant les mêmes cigarettes.
Fumant les même mégots.
Aspirant, respirant, inspirant.
Suffocant.

Le vieux Jim faisait pleurer son frère de sang.

L’ emprise du vieux sur l’autre, de l’autre sur le vieux.
Parfaite équitée.
Le vieux adapant son doigté, son palpé. Calquant l’inspiration sur l’émotion de l’un.
Sensible à ses besoins, désirs, volontés.
Attentionné.
Lui seul savait le faire vibrer.
Le sublimer.
Lui permettre d’exister.
L’échine s’adonnait, s’abandonnait guidée par l’exaltation du vieux.

Chacun offrant à l’autre l’improbable possible.

Autour la vie souffrait, se murait.
Mutique, retranchée.
Acculée.


Les deux s’étaient croisés,
L’un banal marginal,
l’autre cloîtré dans sa prison de verre,
son rideau de misère.
Il l’avait miré, admiré.
Contemplé.
Le vieux l’avait payé.
Contre quelques piecettes, il l’avait libéré.
Du regard des passants,
Oppressant, outrageant.
Du regard salissant.
Il l’avait exaucé.

Enveloppé de satin,
Il l’avait protégé.
Caressé, enlassé.
Il l’avait mystifié.
Puis doucement il l’avait défloré.
De ces gestes patients,
Apaisants.
De son amour ardent.

Puis doucement il l’avait embrassé,
porté à ses lèvres mouillées.
Il l’avait fait glissé.
Lentement, tendrement,
il l’avait fait vibrer.
L’autre avait accepté.
Ses sens s’éveillaient.
S’adonnaient.
Les gestes s’accéléraient.
Les doigts, le souffle,
La main, les mains.
Le vieux le transcendait.
Un son, un cri.
Déchirure donnant vie.
Les deux se mélangeaient,
de deux corps ne faire qu’un.
L’un dans l’autre.
L’autre pour l’un.

L’un révélant l’artiste,
le virtuose.
l’autre instrumenté,
révélé.
Les deux créant le rêve.
L’illusion du probable.
L’improbable illusion.
Le possible.
L’impossible.

Les deux maîres du temps,
de l’instant.
Créant, inventant.
Des rythmes insensés,
saccadés.
De douces mélopées.
Créant, inventant.
Innovant.
Les deux exclus du temps.
De l’instant.

Deux âmes damnées.
Révélant l’exception.
Deux âmes chavirées.
Pour une même fusion.


Autour la vie souffrait, se murait.
Mutique, retranchée.
Acculée.

Dedans la vie tangait, valsait.
Unique, passionnée.
Révélée.

S. PM

Commentaires

Vraiment j'aime.

Ecrit par : vilaine fille!!! | 10.01.2006

@Vilaine fille: merci...

Ecrit par : sonia | 10.01.2006

Super.
A lire avec un tango Argentin en musique de fond.

Ecrit par : Roger | 11.01.2006

Hereuse de voir ce texte ici ... aujourd'hui les mots sont absents ... c'est un jour sans ou un jour sang ... je ne sais pas ...
Un silence et quelques points de suspension suffiront pour exprimer tout ce qu'il y a ... juste à là ... à l'intérieur ...

Merci Sonia

Ecrit par : valérie | 11.01.2006

@roger: Si vous avez un petit instant je souhaiterai ce savoir ce que vous avez imaginé à la lecture de ce texte, car il ne s'agit pas de deux personnes. Peu de personne ont saisi ce que je voulais transmettre.
@Valérie: Alors: ...

Ecrit par : sonia | 12.01.2006

Plus j'ai avancé dans le texte plus je suis passé à une image de 2 êtres vers une image d'une personne avec son instrument de musique.
Mais au milieu, je suis passé par des zones de perturbations ou j'ai aussi pensé à une personne à double personnalité, deux vies

Ecrit par : Roger | 12.01.2006

Très beau texte, on est transporté par notre lecture et aussi par les différents personnages présents dans cette trame narrative.
Texte difficile de l'apparenter à un genre bien fixe littéraire: il est à la fois prose et poésie, il est à la fois dialogue théâtral entre des protagonistes qu'on arrive difficilement à cerner.
J'adore tout court.

Lynn

Ecrit par : Lynn | 12.01.2006

@roger; c'est un peu ce que j'ai souhaité écrire une seule personne avec son instrument, qui, par l'intensité du lien crèe un état fusionnel...
@lynn; je crois qu'aucun de mes textes ne peut s'apparenter à un genre littéraire, ils sont juste l'état d'un moment sans chercher à répondre à un style particulier...
Merci beaucoup tout court...

Ecrit par : sonia | 12.01.2006

Oui! et voilà ce que j'aime vraiment dans ce texte c'est la montée de l'intensité dans la découverte de cette état fusionnel, le côté "question ouverte" (est-ce que c'est cela que l'on nous suggère), pour finir par ce dire, et puis zut, je me laisse porter et je fais ma propre interprétation, je m'invente toute l'histoire autour.
Quand le lecteur ce dit tout ça : c'est gagné!
Alors, c'est gagné!

Ecrit par : roger | 12.01.2006

Au départ je souhaitais le retravailler car peu de personne cernaient réellement ce que je souhaitais transmettre, puis après coup je me suis dis que c'était ça aussi l'écriture,laisser la part à l'interprétation, à l'imagination... C'est d'ailleurs une des difficultés de l'écriture, lorsqu'on se donne à lire nos textes ne nous appartiennent plus vraiment...
C'est également bien d'avoir des retours sur le ressenti de chacun...
Merci...

Ecrit par : sonia | 12.01.2006

Moi j'ai plutôt un penchant pour les textes "à tiroirs"... donc celui là me plait comme ça.

Je crois connaitre ce que vous ressentez quand vous donnez à lire vos textes et que leurs interprétations ne sont pas forcement ce que vous attendiez. C'est là ou vous vous dites qu'ils ne vous appartiennent plus. Une sorte de déchirement... Je n'ai pas encore trouver comment contrôler cela.

Mais oui, c'est bien d'avoir des retours sur le ressenti, on en a besoin. Merci aussi pour les votres, d'ailleurs.

Ecrit par : Roger | 12.01.2006

Sonia,

Ce qui est intéressant dans ce rapport texte/lecteur, c’est de constater que chaque fois qu'on relit vos textes, on trouve autre chose. Je veux dire par là, on est surpris merveilleusement par un élément qui nous a échappé qui nous interpelle et interpelle notre imagination. C'est ce qui fait la richesse du texte et le Talent de son auteur.
Pour ce qui est des interprétations, chacun donne libre court à son imagination. Curieusement, nos textes, nous appartiennent plus, et avec eux une part de nous part, c'est mon constat à travers ma modeste expérience aussi dans l'écriture.
Le ressenti est mis en valeur et il est aussi une marque indélébile de la sensibilité littéraire de l'écrivain

Lynn

Ecrit par : Lynn | 13.01.2006

@Lynn: .... Merci. C'est un peu une volonté (toute relative) que de créer cette ouverture, cette possibilité de s'échapper... Même si parfois on a petit peu mal de voir qu'un texte nous échappe... un peu trop.
Merci encore.

Ecrit par : sonia | 14.01.2006

salam
Ne faites rien d'autre que ça, écrivez
======
merci et bn courage

Ecrit par : Bluesman | 14.01.2006

@bluesman: merci...

Ecrit par : sonia | 15.01.2006

J'adore ce texte ,vraiment, je...il est très beau et les mots que vous utilisez me plaisent . Il y a une force terrible qui s'en dégage, comme sur un ring, les mots sont si bien pesés , placés , vraiment j'adore.
BRAVO !

Ecrit par : Heyno Madin | 30.01.2006

@Heyno Madin: merci beaucoup pour ce commentaire...

Ecrit par : sonia | 01.02.2006

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