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29.01.2006
Jo
Jo avait peur ce matin... Ventre noué, mains torturées...
Le soleil écrasant, à peine commençait à pointer. Pourtant la chaleur était déjà prégnante. A elle seule, étouffant la ville encore endormie.
Jonchés, à même le sol, seuls quelques cadavres humains venaient rappeler qu'hier encore vibraient les affres de la vie.
Ca et là, des bouteilles vides, éventrées entassées. Parfois même encore aux mains d'hirsutes personnages, méconnaissables au regard de l'humain.
Morts, ne l'étaient ils sans doute pas. Pourtant, l'agonie de l'alcool, les avaient transformés.
Infâme loque humaine.
Ramassi de tristesse, de honte, et de Malheur.
Quelle terrible société permettait de semblables horreurs?
Quelle terrible société transformait ses semblables de la sorte?
Quelle terrible Humanité pouvait tolérer en son sein de pareilles offenses?
Jo tremblait plus encore. La peur l'étouffait, seuls le faisait tressaillir de temps à autre les soubresauts de son corps... de son âme.
OUVRIR, OUVRIR les portes, les fenêtres... HURLER.... Laisser rentrer la vie... HURLER....
La vie? Mais quelle vie?...
Jo retomba...
Qu'était elle advenue sa vie? LA VIE prônée et adulée?
Cette vie dans laquelle il ne se retrouvait pas, ne se sentait pas, n'existait pas.
Tel le firmament elle lui était apparue, puis très vite l'éclipse.
Saisir tous les instants présents, les instants de bonheur, les instants, les instants...
Que sont ils advenus....
Jo retomba davantage.
Seule sa main fit un geste d'appel, lentement Jo saisit une cigarette, dernier recours, dernier plaisir.
Il la saisit avec la grâce du mourant, l’alluma et pleura.
Dehors, la vie reprenait lentement son long cours.
Le soleil égrenait peu à peu ses rayons.
Eboueurs, balayeurs, masquaient l'irréparable, l'innommable.
Les balais se heurtaient aux canettes évidées, éventrées. Parfois, à leur insu, se cognaient aux corps gisant. Beaucoup trop ensuqués pour comprendre l'appel.
Les balais reprenaient alors leur danse, enlaçant les bouteilles, les faisant tournoyer dans un balai final.
Le vieillard aux aurores, usé, fatigué, usagé même, complétait le tableau.
De son pas lent, ténébreux, il arpentait la ville, ayant pour seul dessein son pain et son journal.
Rituel bien huilé... imparable, irrévocable...
Seul un sursaut de mépris le rapprochait des hommes à la vu du spectacle.
Seul un sursaut. La vie reprend son cours.
Mais la vie est sournoise, elle sait cacher son mal. A l'aube du matin elle sait ronger son frein.
Tout semble immaculé.
Les travailleurs ont travaillé, les promeneurs ont cheminé, tout est en ordre. La vie reprend ses droits.
Jo n'en peu plus.
Cigarette consumée, Jo attrape une bière... Bière... Mise en bière... en cercueil... Seconde cigarette...
Seconde mise en bière... Cigarette... cercle fermé...
Un raclement de gorge lui rappelle l'excès de cigarettes... qu'importe... Le mal par le mal... Une nouvelle cigarette.
Son cerveau tel un étau semble se resserrer, ses tempes l'oppressent, l'oxygène manque..
Le mal, le mal absolu qui ronge de l'intérieur, intérieurement.
Ne plus penser... surtout ne plus penser...
Mais l'âme a ses secrets. Complice de la vie elle sait être insidieuse. Passée maître en la matière, elle aime torturer.
Qui n'aime pas la vie, ne peut ne s'y résoudre.
L'âme, amer, vient le lui rappeler. Jo est son serviteur.
Dehors la vie fait son ménage.
Badauds et promeneurs ont investi la ville. Les enseignes criardes aux couleurs outrageantes tentent de dissimuler la grisaille des murs.
Les commerçants ouvrent boutique, chacun se gausse, chacun s'esclaffe. Chacun tente d'oublier son mal être intérieur, tentant de LA dompter...
La dompter cette vie, la masquer, l'esquiver, en jouer... Tromper pour faire avec...
N'ayant pas le courage de la confrontation chacun préfère se taire... se terre...
Terrible offense!
Jo n'est pas dupe...
Jo a été comme ses semblables... Il l'a dompté la douloureuse.
Jo ne peut plus masquer son mal, rongé par la douleur, contraint à abdiquer.
Jo du enfin LA confronter. Duel ignoble, inéquitable, pauvre homme, misère humaine. Combat joué d'avance.
Jo s’effondra, Jo s’excusa...
Aux prémices du jour nouveau, la vie croisa la mort...
Jo s’inclina...
Oh Jo..., mon vague à l’âme... Mon âme en peine...
J’ai mal, si mal...
Tout s’éteint autour de moi...
10:15 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note



Commentaires
Comment taire?
Comme en la terre, on ne peut pas taire ce qui nous cache dessous.
Ceux qui nous cachent dessous.
Qui nous enterrent.
Qui? Nous? En terre?
Oui.
Oui c'est vrai. Tout le monde la sait. Tout le monde la sent. Personne la crie.
Tout le monde la tait.
La dompte. Oui.
Exactement.
Animal sauvage.
Chienne de vie. Qui enterre les os. Nos os.
Je suis comme Jo. J'ai peur le matin.
Le soir aussi.
Ecrit par : roger | 29.01.2006
Encore!
Ecrit par : Roger | 31.01.2006
@roger: oui.. et parfois envie de le crier de le hurler...
@roger (2): essouflée un peu... besoin de temps...
Ecrit par : sonia | 01.02.2006
Sonia,
Cette envie de hurler nous prend tous à un moment donné.
La vie n'est pas simple: tout comme JO , une peur au ventre nous saisit des fois: nous laisse réfléchir sur beacoup de choses.
Encore une fois , tu nous surprend Sonia avec tes mots qui racontent des maux, et quels maux.
Lynn
Ecrit par : Lynn | 01.02.2006
@Lynn: merci de ton passage...
Ecrit par : sonia | 01.02.2006
Sonia, tu n'as pas à me remercier, c'est un réel plaisir pour moi que de te lire.
Tu as le verbe facile pour décrire le sentiment , la sensation: tu ne dissimules le ressenti, tu ne l'offres, tu nous le dévoiles et puis tu nous demandes de prendre conscience à travers ton personnage JO.
Tu sais , avec ta permission je te surnomme : la dompteuse des mots.
Je te remercie pour tant de générosité.
J'adore tes textes.Je ne te flatte pas.
Lynn.
Ecrit par : Lynn | 01.02.2006
@Lynn, hum... pas facile de répondre à tant d'éloges...
Heureuse que tu te retrouves dans mes mots, même si pour moi le verbe n'est pas facile, et me demande à chaque fois beaucoup... ce ne sont pas que des mots d'où la difficulté de les transposer sur papier... mes maux...
dompteuse de mots: ce sont bien les mots qui se jouent de moi plutôt que l'inverse...
Ecrit par : sonia | 02.02.2006
J'adore cette réponse!
Moi aussi j'ai l'impression que ce sont les mots qui jouent de moi...
Ecrit par : Roger | 02.02.2006
Sonia,
les mots se jouent de nous, j'ai aussi la même impression
Lynn
Ecrit par : Lynn | 02.02.2006
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