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15.02.2006
Louis de la lune
Louis de la lune... Texte écrit il y a quelques temps, avec ses fautes, sa construction un peu simpliste... plein de choses à retravailler. Si je le mets là c'est pour éviter qu'il ne m'échappe, il a son importance...
Je n'ai pas réussi à le mettre en fichier joint, désolé, car il est long...
Louis de la lune se gratta la tête.
Monsieur Mouss éminant psychiathérapeuthologue devant l’éternel venait une nouvelle fois, par sa perversité machiavélique, de lui déclencher une poussée d’urticaire carabinée qui rituellement trouvait sa raison d’être au sommet de son crâne…
Ce n’était pas une première pour Louis de la lune.
Déjà dans la grande cour rectangulaire de l’école maternelle il avait été la risée de petits tortionnaires tout heureux de trouver en lui un si sympathique bouc émissaire…
Sympathique, se l’accordait-il, mais bouc ou chèvre ? Si depuis toujours Louis de la lune avait de forts doutes quant à son appartenance à la race humaine, il y avait tout de même un monde de l’associer à celle des ruminants…
Mais tout ceci, Louis de la lune l’avait bien compris, n’était qu’une question de point de vue, il n’accordait donc aucun crédit à ce pastiche animalier.
De même, personne jusqu’à preuve du contraire, ne l’avait chargé d’une mission à transmettre à autrui… donc ses petits tortionnaires s’étaient trompés… Il n’était pas l’émissaire …
Quoiqu’il en fut, personne ne lui avait demandé son accord, il avait été « l’élu », « le bouc émissaire » .
Tant d’honneur lui avait été accordé, à quoi bon s’en offusquer…
Louis de la lune assumait ce rôle, cette glorification, accordée par le seul fait de ce tique, ce rituel. Il avait endossé la faute, il aurait pour toujours cette tare, l’état le plus ingrat qu’il puisse exister dans les petites sections… il était La Tête à poux…
Aucun insecte, parasite ou autres bestioles de cet ordre n’avaient pourtant élu domicile dans sa courte mais hirsute chevelure. Non, il était Le parasite, sans avoir eu pourtant de quelconque contact avec ce dernier.
Il était le paria, l’être abjuré, le possédé…
Cette condamnation unilatérale de ses petits camarades ne le traumatisait pas outre mesure, il s’assumait dans ce rôle accordé, ayant déjà suffisamment de difficultés à s’assumer en tant qu’humain.
Monsieur Mouss réitéra son questionnement, « Pourquoi Louis de la lune ? »
Pourquoi ? Louis de la lune se dit que décidemment il ne comprenait rien ! Il avait beau être le docteur de la tête le plus éminant de sa confrérie, il ne saisissait rien !
Pourquoi ? Mais s’il avait eu ne serait-ce qu’un semblant de réponse serait-il allongé, à cet instant précis, sur le sulfureux divan, dans cette minuscule pièce amplie de tableaux tous plus effrayants les uns que les autres ?
Pourquoi ? Louis de la lune eu la subite envie de lui retourner le questionnement.
Pourquoi Monsieur docteur de la tête, immense psychiathérapeuthologue devant l’éternel, pourquoi Monsieur docteur des fous, prends tu tant de plaisir à entendre des histoires toutes plus folles les unes que les autres ?
Pourquoi t’es tu missionné dans la déraison, toi honorable maître du raisonnable ?
N’aurais tu pas quelques travers honteux, que tu espères cacher en traquant la perversion d’autrui ?
N’as tu pas une aversion profonde pour le genre humain, ou à l’inverse une attirance coupable pour la race animalière ?
N’as tu pas commis dans ta plus tendre enfance des actes irréparables, innavouables ?… N’es tu pas de ceux qui recherche leur mère dans toutes leur patientes ou rejette le père transférant les patients? où en est ton oeudipe, ta période de latence ?
Louis de la lune usait de réflexion interne, aucun son n’émanait de sa bouche, seul son cerveau s’instaurait un dialogue silencieux, n’ayant pour seul interlocuteur sa conscience.
Pourquoi ? Il se devait de répondre à cet homme qu’il connaissait à peine… Dix ans d’analyse était ce suffisant pour exprimer l’inexprimable ? Etait ce suffisant pour répondre au pourquoi du comment ? ou plutôt au comment du pourquoi puisque la question initiale était pourquoi…
Dix ans… c’était tout bonnement rien, ils ne se connaissaient pas, Monsieur Mouss était un illustre inconnu…
D’accord ils avaient partagé d’intense moments de solitude, d’intense moments silencieux mais était-ce suffisant ?
Le silence les avaient ils liés dans une proximité telle que tout pouvait se dire ?
Louis de la lune se souvint de leur première rencontre…
L’institutrice avait servie d’entremetteuse… « décalé » avait elle dit, « ne sourit pas », « ne parle pas »…
Ces inquiétudes fondées sur une pseudo normalité , avaient suffit pour déclencher le plan Orsec, une ribambelle de personnalités avaient souhaité le rencontrer… Il était devenu important… Lui qui jusqu’alors n’existait que par son propre regard devint une curiosité à découvrir.
L’infirmière scolaire fut la première d’une longue série, Rose, ce souvenir lui fit recourir une nouvelle fois à ce tique outrageux…
« Rose, je m’appelle Rose » lui avait elle sussurée, il c’était dit que jamais personne n’avait si bien porté son prénom, elle l’incarnait dans toute son entité…
Si Boudha l’avait croisé sur son chemin, et pour peu qu’elle cru à la réincarnation, pour sur, elle aurait terminé en bonbon.
Tout en elle transpirait la guimauve, chaque détail vestimentaire était coordonné pour atteindre la perfection du rose, sa peau rappelait les enfants qui après avoir passé une journée dans la neige reviennent cramoisis…
Elle n’avait pas eu ce besoin de neige, elle était née ainsi.
Lorsqu’elle ouvrit la bouche ce fut une certitude, elle était un bonbon en devenir… Sa voix sulfureuse semblait tout droit sortie d’un téléphone rose… Sans jeu de mot aucun !
Elle ne parlait pas, elle sussurait, elle allignait des mots les uns derrière les autres, les rendant redondant, sans forme, sans vie…
Dégoulinante… oui c’était le terme que Louis de la lune recherchait, dégoulinante de mielerie, de niaiserie… C’était à vomir…
Comme à son habitude Louis de la Lune c’était tu… Refermé comme une hûitre… Ne c’était-il jamais ouvert ?
Le bonbon n’eut pas raison de sa personne, elle le congédia aussi rondement qu’elle le pu…
« Je ferai un rapport », et la porte se ferma…
Le rapport fut fait… et envoyé à qui de droit. Le droit fut incarné par Madame Soubirou, assistante sociale de secteur.
Le droit elle l’incarnait, le transpirait. Elle était droit. Droite devrait-on dire ! Elle avait son langage qu’elle seule pouvait comprendre.
Elle parlait signalement, Louis de la lune entendait signalisation, elle disait IOE il pensait CIA, elle parlait thérapie, il s’envolait en Papouasie…
Deux dialectes se croisaient émanant d’un même système langagier, l’incompréhension était totale.
L’un dans sa bulle féérique, l’autre dans son carcan rigide.
Les sons en arrivant perdaient leur sens profond, se modifiaient à l’infini jusqu’à l’obtention d’une douce mélopée dont Louis de la lune s’inspirait pour conforter son monde intérieur.
Dans son élan de créativité mal contrôlée, Louis de la lune devenait tour à tour auteur, compositeur, il inventait des partitions, créait de nouveau son, il était le nouveau Mozar…
Le génie de son siècle… méconnu jusqu’alors… Mais comme tout génie il se savait incompris. Sa reconnaissance ne serait que tardive, au mieux en fin de vie, sans doute après sa mort…
Cette satisfaction personnelle fit esquisser un sourire que Madame Soubirou pris pour son compte… Satisfaite, elle s’avoua grandiose. Elle avait réussi là où d’autres avaient échoué, elle, petite assistance sociale de secteur, avait réussi à faire sourire un cas reconnu par tous irrécupérable. Plus personne ne pourrait dénigrer son travail, tous ses collègues qui jusqu’alors se permettaient de la toiser ne pourraient qu’admettre sa réussite ! Elle était sans conteste une grande professionnelle !
Louis de la lune s’aperçu de cette gloire personnelle, il en saisi l’essence et lui laissa cette joie.
Quelque part c’était bien grâce à elle, s’il était un génie, sans son intervention peut être n’aurait-il eu jamais écho de ce talent caché.
Alors, oui, il décida qu’elle avait bien sa part de gloire.
L’entretien se termina, il ne fut plus question de rapport mais de psychiatre.
Madame Soubyrou venait de découvrir qu’il n’était plus cet « irrécupérable », il était passé du côté du possible, avec du travail, de l’ambition, on pourrait faire quelqu’un de ce quelque chose.
C’est sans doute à cet instant précis que Louis de la lune décida de ne plus être un simple objet, il avait été doté de réflexion il allait s’en servir.
Ce changement brutal émanait de ce nouveau contept jusqu’alors méconnu de Louis de la lune : « psychiatre ». Ce barbarisme l’inquiétait, jusqu’alors il avait baigné dans un monde rassurant, un monde qu’il c’était créé, fabriqué… et pour la première fois il se senti inquiété.
Il se souvenait avoir vu une émission traitant de ce sujet, il se souvenait s’être gratté la tête, signe incontestable de mal être…
Il avait eu ce sentiment que ces chercheurs de l’intérieur étaient dotés de pouvoirs persécutoirs.
Il avait vu des gens se livrer sans aucune pudeur, d’autres s’effondrer sans mot dire, il avait entendu parler d’hypnose, de transfert, contre transfert, il avait eu peur.
Il avait depuis toujours l’intime conviction que son intérieur lui apartenait, que personne ne pouvait l’atteindre… Les agressions extérieurs n’étaient rien car il se sentait sécurisé par toute sa création interne, il était bulle, une bulle rassurante qu’il s’était forgé au fil des années.
Un peu comme ces enfants vivant sous haute protection dans des carcans de verre, sa bulle à lui était interne.
Il savait que cette construction était une défense mais il n’avait eu d’autres possibilités.
Très tôt, trop tôt, il avait dû composer avec la vie qui semblait de pas avoir souhaité l’épargner, il s’était adapté.
Devant l’intolérable, il avait toléré… Mais pour se faire il n’avait eu d’autres choix que se créer un monde que personne ne pouvait atteindre, un monde rassurant, coucounant, une bulle d’amour au sein d’un monde de haine.
C’est pourquoi il se sentit inquiété… Combien de temps encore pourrait il résister aux menaces extérieures ?
Ce fut donc avec toutes ces inquiétudes, que Louis de la lune gravit les quatre marches menant chez Mr Mouss.
On était le 12 octobre, à dix jours de son dixième anniversaire.
Etait ce le seul fruit du hasard, ou à l’inverse un signe évocateur ?
Plus tard, bien plus tard, il apprendra que le hasard n’existe pas, qu’il s’agit d’actes manqués, la vie étant emplie de ces coincidences mises sous le compte du destin mais qui très souvent sont le reflet de notre seul inconscient.
Il sonna à une première porte, qui le mena à une seconde, il sonna de nouveau, pour pénétrer dans un couloir, une autre porte. Arrivé dans une salle d’attente il s’assit et s’interrogea rapidement sur cette ambivalence, il venait dans un lieu d’écoute et de parole et n’avait croisé âme qui vive.
On lui avait pourtant expliqué ce fonctionnement mais il s’en étonnait.
La salle d’attente était pour lui, pour lui seul. Il c’était préparé à croiser d’autres regards, à traquer chez autrui la folie passagère, il c’était dit que faute de lecture passionnante (si une chose est vérifiable dans tous les lieux d’attentes c’est cette misère humaine étalée à même les tables…)
il pourrait s’exercer… en vain il était seul.
Etait-ce si dramatique de rencontrer ce monde de l’intérieur? Etait-ce si personnel ? Si confidentiel ? de nouveau il s’inquiéta…
Les maigres magazines accrochés à un guéridon voisin ne suffisaient pas à combler ce grand vide… Il nota malgré tout que le lieu devait accueillir une population davantage élitiste que celle d’un salon de coiffure, la presse était de choix, aucun scandale croustillant ni même un semblant de ragot. Seuls quelques ouvrages à thématique plus sereine… les voyages…
Etait ce un appel ? devait-il dès lors débuter son propre voyage intérieur?
Le travail avait-il débuté ? Ne devait-il pas attendre?
Etant novice en la matière il ne savait trop comment agir.
Il lui sembla une nouvelle fois que tout était pensé, calculé, qu’il n’était plus maître de sa personne, il était orienté, modelé, on allait le changer…
Les minutes lui avaient semblé des heures, souvent il c’était demandé comment combler ces temps d’attentes. L’attente n’est rien en soit, elle peut même parfois être salutaire, mais ici, la conotation est autre. Les sentiments, assentiments sont modifiés exacerbés. Il ne s’agit pas d’attendre qu’un siège se libère, qu’une voix chaleureuse interpelle pour dire « c’est votre tour ». Non, ce n’était pas un tour qu’il attendait. Le tour représentait une limite, un contour, il rentrait à l’inverse dans l’illimité, la recherche intérieur.
Cette oposition amenait inévitablement une peur, angoisse qui s’emplifiait dans cette attente.
Les stratagèmes utilisés pour tromper l’inquiétude n’étaient qu’illusoires, conscient de cela il ne pouvait néanmoins agir différemment.
Il vivait péniblement cette attente. Les premiers temps il s’occupait l’esprit tentant de justifier sa présence. Ce n’était pas sa faute, on l’avait obligé, il était une « injonction de soin » !
Puis il s’interrogea, n’était ce que l’obligation qui le faisait être là ? N’y avait il pas un petit quelque chose de plus, ce petit rien qui le différenciait des autres, ce petit rien qui l’avait amené à se créer son monde interne, ce petit rien qui semblait aujourd’hui vouloir en savoir plus ?
Très vite il délaissa l’idée, s’orientant vers une moindre torture mentale !
Un bref coup d’œil circulaire pour contempler les gouts de « l’autre ».
Simple, sans fioriture, si ce n’était les fauteuils au nombre de quatre, qui semblaient inutiles au vu de la politique de la maison qui était de ne recevoir qu’un patient dans le même temps !
Louis de la lune ne pouvait se concentrer sur cet environnement, il obta alors pour mirer les rues alentours. Rien ! Seule une cour était visible par la petite fenêtre, l’avait-il fait exprès ?
Il se rassit contemplant ses deux mains posées sur ses genoux… Gigantesques ! Il avait toujours su que la proportion de ces dernières était inadaptée, il en avait pris son parti, mais ne pouvait s’empêcher de les mirer… C’est plongé dans cette réflexion qu’il entendit la porte s’ouvrir.
Pourquoi ?
Louis de la Lune sursauta… il s’était envolé… Une nouvelle fois il avait quitté terre… il avait pris ses ailes, les avaient déployées et s’était envolé… il avait survolé, fait quelques embardées… un retour en arrière, quelques dix années écoulées, il avait tout lâché.
Monsieur Mouss le ramenait à la réalité, à sa réalité.
Tel un oiseau en cage, il devait s’adapter… Accepter les barreaux, au moins les tolérer. Il avait bien compris qu’il était différent, et de cette différence il devait s’éloigner. Il devait accepter de faire parti des autres, de faire parti du clan, du clan des « bien vivant ».
Jusqu’alors il avait simulé, c’était presque adapté, avait su faire semblant. Mais il était trop tard, monsieur Mouss non dupe, l’avait débusqué, il était dos au mur, ne pouvait qu’avancer.
Louis de la lune pour la première fois depuis dix ans ouvrit enfin la bouche. Se ne fut pas un mot, une bribe qui s’échappa mais une multitude de termes. Un barrage avait cédé, un torrent s’écoulait.
Cahotique, incohérent, le langage semblait venir d’ailleurs.
Les mots se mélangeaient, s’emballaient, dansaient les uns avec les autres. Peu à peu ils se rangèrent, se disciplinairent, s’emplirent de sens et de raison.
Pour la première fois Louis de la Lune déversa.
Monsieur Mouss ne disait rien, il écoutait, enregistrait, dévisageait, mais surtout ne disait rien.
Cette métamorphose ne semblait pas même l’étonner. Son visage était semblable, comme si l’analyse venait de débuter, les années n’étaient rien, le temps faisait parti du processus.
Le cheminement était normal, pas de quoi se congratuler. Il l’écoutait, l’entendait.
Tout comme la veille, il l’avait reçu, installé sur le sofa, c’était lui même assis. Tout comme la veille, il avait réitéré son questionnement. Tout comme la veille. Comme si rien n’avait changé.
Tout avait changé. Il le savait. Louis de la lune le savait. Mais pourtant rien ne se modifait dans le cadre instauré.
Louis de la Lune déversait.
Il était né un jour, et mort le lendemain. Il c’était tué de lui même, sans complice, seul. Il c’était tué. Il était seul coupable, sans circonstance atténuante, il c’était tué pour pouvoir exister.
Sa mère était belle, si belle qu’on pouvait qu’en crever. Tout le monde sait que c’est pas possible d’être si belle, alors on en meurt, car c’est pas possible. Elle en est morte.
Elle était si belle, qu’elle voulait que tout soit beau autour d’elle ; mais comme la vie et bien c’est pas si joli, il fallait qu’elle se l’invente ce monde, qu’elle se le crèe.
Elle avait commencé par tomber amoureuse du plus joli des hommes et comme il avait compris qu’elle était la plus belle et qu’un tel bijou et bien ça ne se garde pas et qu’on en fait profiter les autres, et bien il l’a fait.
Il a donné ce bijou, ou plutôt il l’a vendu, à tous les hommes qui n’avait pas la chance d’avoir un tel bijou.
Et elle, elle était heureuse d’apporter ce bonheur, d’apporter cette joie, d’être une femme de joie. Elle donnait du bonheur et donnait sans pudeur jusqu’à son corps, son cœur et même son âme… Elle donnait…
Mais comme chacun le sait, on ne peut pas toujours donner sans retour, car ça fait mal. Elle avait mal, alors pour oublier qu’elle avait mal, elle chercha du bonheur.
Elle le chercha, et le trouva grâce au plus gentil des hommes, celui là même qui avait été le plus joli au début de son histoire.
Il lui donna du rêve, du rêve artificiel…éphémère.
Du rêve en poudre.
Le rêve elle l’a palpé, touché, sniffé, elle devint rêve.
Fantôme de sa vie, elle recherchait en vain ce bonheur éphémère qui lui coûtait si cher. Car l’homme si gentil, ne lui avait offert que son premier voyage.
Ce bonheur la rendait chaque jour un peu plus triste.
Elle devint si triste que tous ces hommes qui l’avaient admirés, payés, refusaient de l’aimer. Elle qui avait tout donné, leur avait tout donné…
Elle s’usait de bonheur.
Un instant, la vie lui a souri.
Comme Marie Sainte vierge, elle fut l’élue.
L’Immaculée conception.
Il ne pouvait en être autrement, les protections, surprotections ne pouvaient permettre un pareil dessein.
Elle allait procréer sans même avoir fauté.
Sans même avoir aimé.
On ne peut porter l’amour sans jamais l’avoir connu.
Elle si.
Elle pris cette nouvelle comme un cadeau du ciel. Elle s’agenouilla, Le pria, Le remercia, de tout son cœur, de toutes ses tripes, elle allait donner vie…
Au fil des mois son ventre s’arrondit, une nouvelle fois, elle fut la plus jolie. Elle ne donnait plus tout son bonheur, elle le gardait.
Petite toxico, elle courait le bonheur, alors qu’elle le portait.
Plus son ventre se galbait plus son physique l’abandonnait.
Par une triste soirée d’automne, tout comme Marie elle trouva son refuge, faute d’étable, elle choisit une cave.
Pas de mulet, ni même de bœuf, pas une étoile…
Mais son étoile elle l’avait dans son cœur.
Dans les journaux on a pu lire qu’une fée avait donné la vie, le 22 octobre en soirée elle avait tout quitté, laissant en cadeau à la mer, un minuscule bout de misère.
Louis de la lune, enfant d’amour et de galère venait d’arriver sur terre.
Pour seul bagage, une simple étoile accrochée à un filet de mailles.
Louis de la lune était né, pour seule identité un père macro, une mère décédée.
Monsieur Mouss mis fin à la scéance. Louis de la lune resta perplexe.
Comment pouvait-il le couper alors qu’il n’avait jamais su parler ? Comment ne pouvait-il pas congédier tous ses autres patients, pour l’exclusivité ?
Saurait-il revenir ? Saurait-il déverser ?
Monsieur Mouss lui rappela le rendez vous suivant, trois jours d’attente.
Louis de la lune ne pouvait entendre cette attente, il voulait s’exprimer, continuer, s’insurger, il voulait, il voulait…
La porte se referma.
Lourd de toute sa peine, il enfonça ses mains dans ses poches usées, et repris la route du vide.
Ce vide qui l’avait construit, étayé, ce vide qui l’avait protégé.
Mais la route a ses ornières, louis de lune trébucha, tomba, quelques gouttes perlèrent.
D’un revers de main il les effaça, elles redoublèrent.
Le goût salé arriva à ses lèvres, il n’avait jamais su que les larmes étaient salées, il n’avait jamais pleuré.
Il ne compris pas la valeur de ses larmes.
Il revint le jour dit, sans s’être interrogé. Il revint car c’était dit.
Il revint et reprit.
Les souvenirs valsaient, une valse à trois temps, une valse à quatre temps, une valse.
Fils de rien, il n’avait rien à dire, et pourtant dit beaucoup.
Le lendemain du 22 octobre, il avait pris les armes. Petit bout de vie, il se donna la mort.
Il s’auto suicida.
Personne n’en dit mot. Personne ne le su. S’en étaient ils même aperçus ?
Son cœur battait, ses jambes remuaient, son cerveau fonctionnait…
Pas d’inquiétude, le p’tit bout d’vie n’était pas mort.
Du moins le crurent-ils.
A l’instar de tous, Louis de la lune s’était tu.
Tué de l’intérieur.
Monsieur Mouss effaça d’une main la sueur coulant sur son front.
Puis la vie, la vie des autres pris le relais. S’activer, agir, combler le vide, le manque. Combler.
Louis de la Lune emailloté fut vite déplacé. Dans l’action personne ne songea au cercueil, un coufin fut son linceuil, et pour tombeau le 13 de la Rue Paul Montreuil.
Pour toute plaque ces quelques lettres « DDASS » .
Point d’oraison funèbre, ni de chant funérère, Louis de la lune fit seul son deuil personnel.
Sa douce mère n’ayant pris peine de le nomer, Louis de la Lune fut vite baptisé.
Louis comme rappel au passé.
Sous une voûte étoilée, Louis de la lune était né, la lune fut son emblème, l’astre céleste sa destinée.
Personne ne se posa question, Louis portait si bien son nom.
La tête dans les étoiles, les deux pieds sur la lune, petit Pierrot si triste, a porté son blason.
Orphelin parmis les orphelins Louis de la lune grandit parmis les siens. Fils d’ange ou fils de rien Louis venait de choisir son destin.
Bien vite sa première année sonna, un an sans mot, à vivre avec ses maux.
Comme une fleur, il avait vite poussé, s’il fallut comparer il aurait été de ces artificielles qui comme les naturelles renvoient l’image parfaite.
Pas un défaut, pas une ombre au tableau. Beauté glaciale, blancheur candide.
Comme les artificielles… sans parfum, sans vie, un semblant de réel.
Aucun son n’émanait, aucun signe expressif, une image, perfection de l’image.
L’entourage aussi complet que qualifié, s’étonnait de cette grande inertie.
Il fallait patienter. Avec du temps, de l’attention, il s’ouvrirait. Comme une fleur il se développerait. Un peu d’eau, de soleil… il s’éveillerait.
La seconde année fut à l’image de la première, fantôme de lui même, il errait sans mot dire.
Il ne gênait personne, parfois on l’oubliait. Il était un décors… un décors apaisant, rassurant, permanence de l’objet qui n’évolue jamais…
Cette parfaite quiétude fini par déranger.
Dans un sursaut d’humanité, l’entourage évoqua une probable surdité.
Tout concordait, si l’audition faisait défaut, Louis de la Lune ne pouvait s’exprimer, s’extérioriser. Il semblait donc logique, évident de le réorienter.
La chose fut faite rapidement, médecins, spécialistes et autres éminences furent donc sollicités. Le verdict fut sévère mais clair : aucun trouble physique.
Si le trouble n’était physique il ne pouvait être que psychique. Louis avait du naître handicapé, personne ne l’avait repéré. Se fut alors d’autres prophètes qui furent réclamés. Louis fut testé, mesuré, calculé.
La science a son savoir, la science a son pouvoir. Tout est fiché, analysé, étiquetté.
A chaque cas sa case, à chaque case son cas, personne n’est épargnée. Il y des solutions. A chaque problème sa solution. Pas d’inquiétude Louis de la lune détecté pourrait enfin être classé, et de ce classement sortirait un traitement.
Une nouvelle fois Louis de la lune détonna.
L’étonnement fit place au désapointement. Décidemment Louis de la lune ne rentrait dans aucun cadre donné. Il n’était pas de ceux que l’on pouvait soigner, de ceux que l’on pouvait aider, il n’était pas de ceux.
Les adultes l’entourant se dire que le jeu avait assez duré ! Pensaient ils sérieusement qu’il s’agissait d’un jeu ? une énorme farce orchestrée par un jeune bambin de deux ans ? Pouvaient ils ne serait ce que l’imaginer, le fantasmer ?
Louis de la lune ne jouait pas. Il composait.
D’autres auraient pensé qu’il vivait. Non il simulait.
D’où cette incapacité flagrante du monde professionnel à diagnostiquer ce petit chose.
Quoiqu’il en fut il fallait que tout cela cesse. Il n’était plus possible de perdurer dans cette perdition. Car il s’agissait bien là de perdition. Le renvoie était trop violent, malgré son tout jeune âge Louis de la lune incarnait l’échec, le vide, l’absence. Il devenait de plus en plus difficile de se détacher de ce mal être ambulant.
Il fallait réagir. Un conciliabule de conspirateurs fut réunit afin que chacun de ces détracteurs puissent s’exprimer dans le but de destituer ce petit homme qui commençait sérieusement à mettre à mal l’ensemble de l’institution.
Des clans se formaient, les pour, les contre, les partisants du possible, les pessimistes aguérris… Les « faut continuer », les « faut tout arrêter », l’échec n’était plus tolérable. Louis de la lune avait réussit à instaurer un état de crise général.
Il était le symptome, le révélateur. Il semblait donc inévitable d’évincer ce trouble fête afin de sauvegarder l’identité de l’institution.
Louis de la lune retranché dans sa bulle ne cernait que vaguement le tumulte extérieur. Il se doutait que se tramaient quelques mauvais tours mais il n’en percevait ni le sens ni le but. Il ne pouvait s’imaginer que cette profusion d’agitation émanait de sa seule personne.
Ce n’est qu’à l’arrivée du directeur qu’il se mis à douter. Si l’éminence se déplaçait ce n’était pas sans raison. Le moment était grave.
Qu’avait il pu déclencher pour attirer son attention ? C’était il aperçu qu’il c’était auto-suicidé quelques deux ans auparavant ? Venait-il lui annoncer qu’il ne pouvait cohabiter avec les vivants, lui le non-vivant?
Il se savait en mauvaise posture, il savait que que son choix allait forcément lui être reproché, on ne peut vivre en étant mort, il en avait conscience. Qu’allait il donc lui annoncer ?
L’annonce fut brève et empreinte d’un certain malaise.
« Mon petit Louis, au vu des circonstances actuelles, nous ne pouvons te garder dans notre établissement, nous t’avons trouvé une famille remplie d’amour qui s’occupera désormais de toi. Tu grandiras à leur côté, ils t’apporteront tout ce dont tu as besoin. C’est bien mieux pour toi. »
Louis de la lune tombait des nus. Une famille ? Un petit mort peut avoir une famille ? Il en avait eu une de famille. Une deuxième ? Louis ne savait pas que l’on trouvait comme ça des familles. Existait-il un supermarché de mamans et de papas où l’on pouvait acheter ou louer le cas échéant ? L’amour était il lui aussi en vente libre dans certains rayons ?
Alors là oui Louis de la lune se sentit bleufé, comme jamais il ne l’avait été. Il s’imagina sa nouvelle maman telle un gros pot contenant plein d’amour, et selon le besoin Louis pourrait aller quérir…
Il s’imagina un papa, serait-il camioneur, explorateur, cascadeur ?
Il se dit que quitte à choisisr autant avoir un papa tout comme il avait dans sa tête. Un papa magique, un qui règle tout, qui comprend tout, un comme dans les films qui ne s’effondre jamais, qui sait être là au moment désiré, un papa juste comme ça.
Il s’imagina flottant dans les allées du grand magasin, faisant son choix, refusant le premier qui avait trop de barbe, le second qui était trop petit, réfutant le troisième qui semblait trop locace.
Louis de lune retomba bien vite de son nuage. « Nous t’avons trouvé. »
Il n’aurait pas le choix.
Mr Mouss acquiessa de la tête. Commençait-il à comprendre le pourquoi du comment ? Entendait-il cette souffrance muselée ?
La sueur ayant perlé précédemment le long de ses tempes était-elle synonyme de mal être ? Monsieur Mouss pour la première fois de sa longue carrière s’inquiéta de son propre ressenti.
Que lui arrivait-il ? Le transfert usait-il de sa personne ? Pourquoi ne parvenait-il pas à instaurer, maintenir la distance nécessaire ? Ce petit mort était-il si puissant pour destabiliser un homme de son envergure ?
Dans un élan de protection Mr Mouss eut envie de rompre l’analyse ou au moins de la suspendre. Mais bien vite Mr Mouss s’insurgea contre lui même, bien vite il proposa un prochain rendez-vous à même échéance, bien vite il referma la porte.
Louis de la lune repartit avec la même nonchalence que la fois précédente. Il fit davantage attention aux ornières mais les larmes perlèrent.
La route du vide semblait s’emplir. De quoi ? ne le savait-il pas. Elle s’emplissait, les larmes coulaient.
Au rendez-vous suivant il perçut un changement. Monsieur Mouss avait instauré de nouvelles distances. Le psychique ne suffisait-il plus ?
Etait-il dans l’obligation d’éloigner sa personne, de déplacer les sièges, d’imposer un espace ?
Comme la première et seconde fois, Louis de Lune déversa.
L’annonce de son départ ne l’avait pas blessé, ici ou ailleurs toujours la même absence de lueur.
Une nouvelle fois il serait déplacé, une nouvelle fois il serait déposé.
Useraient-ils d’un convoyeur ou d’un déménageur ? Serait-il un simple pli postal ou une urgence un peu bancale ? Qu’importait on le déplaçait.
Le colis fut livré, le jour dit, à la nouvelle famille.
Les présentations furent brèves, la séparation sommaire, trop empressé de se débarrasser de l’encombrant. Un peu gêné aussi sans doute, bien conscient du fardeau relégué.
La porte une nouvelle fois se referma, nouveau départ, nouvelle histoire, mais pour Louis c’était le noir.
Son arc en ciel n’avait pour seule couleur le désespoir.
Le noir, décliné dans toutes ses nuances, du plus sombre au plus foncé sans jamais déroger. S’il avait été en vie sa palette aurait été infinie.
Le quotidien repris, les aléas aussi. Désormais il était bien un fils. Un fils de quelqu’un, et reconnu comme tel. Il n’était plus le petit orphelin, le petit fils de rien. Nouvelle identité, nouvelle destinée.
Un boulanger comme père, une boulangère pour mère, il grandit en sentant bon le pain.
Ils l’aimèrent, de tout leur cœur ils l’aimèrent. Il devint l’adulé, l’être aimé, choyé, celui qu’ils n’avaient pu enfanter. Il prit la place de l’autre. Cet autre qui n’avait pu exister. Il devint l’idéal.
Lui le petit mort, l’enfant du vide venait combler l’absence. Comment pourrait-il la combler alors qu’il l’incarnait, qu’il était cette absence ?
Bien vite il intégra l’école du petit bourg voisin. Ses nouveaux parents le rendèrent présentable.Tout comme le bon pain ils le pétrirent, le malaxèrent, lui donnant forme humaine. Ils avaient l’habitude. Une habitude routinière qu’ils s’étaient forgé au fil des années. Ils savaient l’importance de l’aspect. Tout comme le bon pain…
Ils l’accoutrèrent, un sac, des habits neufs, un goûter et quelques billes bien rondes au fond du pantalon. Il pourrait donner le change, changer la donne.
Il pourrait… mais ne put.
Personne ne fut dupe, tout le monde s’aperçut de la supercherie. Un petit chose déguisé en parfait écolier.
Un petit bout de vide suspendu dans le temps.
Les AUTRES, une nouvelle fois s’adaptèrent, firent semblant. N’osant le marginaliser, ils l’acceptèrent, lui accordant un rôle qu’il n’eut aucune peine à endosser, bouc émissaire…
Il faisait ainsi parti du groupe tout en étant exclu. Un moindre mal. Il existait…
Pour les adultes la tâche était d’ampleur. La pédagogie actuelle privilégiait l’intégration.
La charte de l’enseignant prônait, proclamait même ce devoir là. Coûte que coûte ils se devaient de l’intégrer. L’assimiler, l’insérer, lui permettre de faire partie de cet ensemble, de cette micro société enfantine.
Ils se devaient…
Ils perçurent l’ampleur du mal, mais simulaire, comme les enfants ils lui donnèrent un rôle, une place. Au premier rang, pour bien le voir, pour ne pas l’oublier, pour prouver qu’il était bien des leurs. Imaginez, la place d’honneur, celle des premiers ! il était intégré.
Louis de la lune avait compris le stratagème, il l’accepta. Souvent il avait remarqué cet étrange paradoxe. Pour s’intégrer il fallait s’annihiler. Perdre un peu de soi même, se perdre.
Ce n’était pas de sa différence qu’il devait s’éloigner, mais de lui même.
Mr Mouss toussa signifiant qu’une nouvelle fois la séance était close.
Louis de la lune repartit avec un étrange sentiment. Il sentit une chaleur l’envahir, pas de ces chaleurs douces qui apaisent, non plutôt de celles qui brûlent de l’intérieur, qui font mal, tel un violent acide qui détruit tout sur son passage. La chaleur monta jusqu’à sa gorge qui semblait s’enfler, petit à petit elle gagna tout son corps.
Louis se sentit envahit, dépassé, il eut la subite envie de hurler.
Il hurla.
Il se mit à trembler, une envie irrésistible de tout détruire. Casser, taper, extérioriser ce mal intérieur qui l’étouffait.
Mr Mouss incarnait son objet de haine. Il aurait voulu lui arracher les yeux, le détruire, lui cracher dessus.
Il ne compris pas cette haine.
Il ne compris pas ce qu’elle représentait, mr Mouss était pour lui son seul persécuteur.
C’était lui le symptome, lui qui provoquait cette métamorphose.
Il l’avait fait pleurer, il le faisait hurler.
Il avait mal, si mal…
La petite chose avait mal.
Sa bulle de verre, ébréchée, cisellée, venait à se briser.
Il se sentait nu, à vif, sans protection aucune. Son âme lui faisait mal.
Il se sentait détruit….Il se construisait.
Il vivait.
Au rendez vous suivant Louis de la lune ne déversa pas.
Il avait tant à dire mais ne savait que dire.
Continuer son histoire, évoquer son mal être, exprimer la haine ressentie la fois précédente ?
Mr Mouss écoutait ce silence, l’entendait. Il réitéra ce qui avait été évoqué la fois précédente. Il n’utilisa que les termes choisit avec soins parmi le long monologue de Louis. Il évoqua l’intégration, la différence, la perte de soi. Il évoqua et se tut. Se renfermant une nouvelle fois dans une parfaite impassibilité.
Louis s’enflamma, tous les sentiments ressentis la fois précédente revinrent en un instant. Son objet de haine était désoramis face à lui, il pouvait se libérer, lui exprimer tout ce qui le rongeait, lui faisait mal.
Il s’insurgea, l’insulta, déversa. Un flot de haine s’écoula.
Mr Mouss s’approcha et mis sa rude main sur les frêles épaules de Louis. Il savait cet acte répréhensible. Il savait qu’il allait à l’encontre de toute déontonlogie. Il savait mais s’exécutait.
Louis s’effondra pour la seconde fois. Des sanglots longs, profonds.
Il ne s’agissait plus d’ornières, ni de route, il pleurait.
Monsieur Mouss le serra un peu plus fort, comprenant à cet instant qu’il avait tout à fait cessé d’être professionnel. Il était humain, tout simplement humain. Il avait fait tomber toutes ses barrières. Il prit dans le même temps conscience de cet acte irréparable ; Il pris conscience de la fin de sa longue carrière. Peu importe il s’assumait.
La séance s’écoula sans qu’aucun son ne soit émis, chacun vivant l’instant présent.
Lorsque la porte se referma cette nouvelle fois, Louis de la lune la mira un long moment ayant l’étrange conviction qu’il ne reviendrait plus.
Il revint, le jour dit.
Il revint et sourit.
Tout autour de lui semblait s’emplir de vie. Les tableaux perdaient de leur noirceur, les fauteuils de leur lourdeur. L’extérieur prenait vie.
L’extérieur ne c’était pas modifié. C’était Louis qui avait changé.
Une nouvelle fois il s’exprima, expliquant son histoire, parcourant son parcours.
Il ne racontait plus son histoire mais une histoire. Une histoire qu’il avait vécu, qui ne lui appartenait plus. Une histoire.
Pour la toute dernière fois, il déversa. Il savait qu’il ne reviendrait plus.
Mr Mouss le savait.
La porte se referma comme les fois précédentes, elle se referma.
Les lunes passèrent. Les soleils se levèrent puis se couchèrent.
Par une nuit étoilée Louis croisa sa dulcinée, un astre lunaire venu à même la terre. Un petit ange gris venait croiser sa vie.
D’une flèche elle le toucha, d’un sourire il l’accepta.
Une douce chaleur envahit tout son corps. La douce lueur s’embrasa, tel un feu ardent elle s’enflamma. Au sein de son ventre une boule se forma. Louis de la lune pour la toute première fois ne s’interrogea pas. Il venait de comprendre. Bien vite défilèrent les ornières, les larmes qui perlèrent, les colères, bien vite elles s’estompèrent.
Ils s’allongèrent à même le sol l’un sans l’autre, unit par un profond silence, dans ce silence ils s’échangèrent. Sans mot leurs âmes se touchèrent. Sans mot.
A l’aube du jour nouveau, Louis de la lune ferma les yeux, il se sentit emplie d’une foule de sentiments, il se sentit vivant.
Sa main frôla sa dulcinée, fermant les yeux il se sentit heureux.
Les lunes passèrent..
Par un matin d’automne, un douze octobre, Louis gravit les quatres marches, il voulait remercier, gratifier, congratuler celui qui lui avait donné la vie.
La porte avait changé, La plaque était tombée.
Pour seule explication un morceau de papier, Mr Mouss était décédé.



Commentaires
Sonia,
Je suis arrivée au bout de ma première lecture, je dis cela parce que j'ai envie encore de relire ton texte.
Combien de personnes ressemblent à louis? Ou sa mère?
Tu ne peints des personnages proche de la réalité.
J'ai retenu aussi une phrase:"la route du vide... s’emplissait, les larmes coulaient.."
Des larmes qui passent sous le silence.
Lynn
Ecrit par : Lynn | 15.02.2006
J'admire la capacité à pouvoir développer quelque chose de manière conséquente, à pouvoir produire un écrit long.
Je voudrais encore commenter tout ce que je ressens à la lecture de ce texte, les messages que j'y vois. Mais, je dois d'abord laisser passer plusieurs lunes...
Ecrit par : Roger | 17.02.2006
@Lynn, merci de ta lecture...
@Roger, j'écris plus facilement de manière courte, sacadée, ça me ressemble davantage. Mais cet écrit a coulé, vite vite vite. Il m'était nécessaire. Je me l'imaginais autre il est ainsi. "C'est comme ça".
Merci de votre lecture... laissez passer les lunes...
Ecrit par : sonia | 17.02.2006
Avec ce texte d'une longueur extraordinaire on ne s'éloigne pourtant pas de la terre à des années lumières!
Un Louis de la lune attachant....joli texte.
Ecrit par : Mamouche | 18.02.2006
Quelques lunes ont passé.
Devant ce texte je reste toujours bouche bée.
Et j'ai envie de répeter :
"Ne faites rien d'autre que ça, écrivez"
Ecrit par : Roger | 20.02.2006
Sonia,
Je pense la même chose que Roger, continue à nous éblouir , continue à nous transportez dans tes écrits.
Je ne peux que te féliciter et t'encourager à toujours continuer et aller de l'avant.
Lynn
Ecrit par : Lynn | 21.02.2006
@Mamouche: merci de votre visite et de votre joli commentaire...
@Roger: MERCI, vous me donnez envie de poursuivre même si parfois les mots se font rares, même si parfois les mots se font doutes, même si parfois j'ai le sentiment que ces mêmes mots ne sont qu'illusoires, qu'ils ne sont qu'une parade pour essayer de...
@Lynn: Merci aussi de ta présence aussi régulière, malgré mon absence récurrente...
Ecrit par : sonia | 22.02.2006
Peut être que l'on apprend autant des moments de doutes que des moments d'euphorie
On a besoin des 2.
Il ne faut pas voir peur de ses doutes.
Ecrit par : Roger | 22.02.2006
Une histoire longue, que j'avais gardée pour un moment de temps libre... Je viens de la terminer, c'est émouvant et beau, bien écrit. Assez peu au format blog, il faut le reconnaître, mais finalement c'est une bonne idée que de jeter ce texte à la face du monde...
Continue Sonia, bises à toi
Ecrit par : evariste | 23.02.2006
@evariste: c'est vrai que ce n'est pas au "format" blog, mais je n'aime pas trop les "formatages"... alors...
Je me suis dis que si une seule personne pouvait le lire dans son intégralité ce serait gagné...
Alors merci beaucoup...
Ecrit par : sonia | 23.02.2006
@Roger: c'est certain... Juste parfois un sentiment de lassitude, ne plus savoir vraiment ce qui justifie cette écriture... Un besoin, un salut... Parfois le sentiment de me flouer au travers des mots....
Ecrit par : sonia | 23.02.2006
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