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31.03.2006

Mots'crient

Il lui avait crié des mots de papier
De ces papiers usés
Ressassés au fond de ses poches usées.
Il lui avait crié des mots de caillou
De ces cailloux coincés
Retranchés dans ses chaussures usées.
Il lui avait crié des mots,
De ces mots pour trancher
Pour blesser
Des maux justes usés.
Ressortis d’une boîte
Qu’on croyait refermée.
Il lui avait crié.

Elle s’était inclinée
Devant ses mots ratés,
Raturés
Devant ses mots rayés,
Comme on rature les pages d’un cahier d’écolier
Sans réserve
Juste pour le blessé.
Juste pour lui rappeler
Que deux et deux font quatre
Qu’il ne faut pas rêver
Que l’oiseau est en cage
Que ses ailes sont coupées.

Ils s’étaient juste giflés
De ces amours ratés
Jetés en pleine face
Comme un souffle qui glace
Des reliquats d’usure
Des traces de morsures
Des anciennes blessures
D’un quotidien cynique
Routinier, pathétique
Ils avaient essuyé
Les plâtres d’un passé
Devenu trop présent.
Ou peut être trop absent.

Ils s’étaient juste aimés
Comme on aime à vingt ans
Comme on rêve à quinze ans
De sa vie de trente ans
Ils s’étaient juste aimés
Avec des mots papier
Avec des mots carton
Avec des mots chiffon
Ils s’étaient juste aimés.

S.PM

28.03.2006

Puzzle amer

Et il crie, et il pleure
Sans montrer.
Intérieur
Il a mal
Au dedans au dehors
Il a peur.
Les mots tournent, les mots voguent,
Incessant, permanent.
Comme un feu intérieur, qui consume
Et se brûle
Qui ravage.
Il ravale sa rage.
Il a mal, à crever
Il allume sa mort
Il consume à tort
Cigarette écrasée, cendrier éventré
Il continue encore en corps.
Il ne pourrait faire qu’un
Continuité d’une main
Mais il préfère le tiers
Il s’ouvre une nouvelle bière.
De l’alcool pour panser
Sans penser
Juste pour oublier.
De l’alcool du goudron
Jusqu’à la déraison


Et il crie et il pleure
Sans montrer
Intérieur
Il a mal
Au dedans au dehors
Il a peur
Il voudrait bien fermer
Clore les yeux
S’échapper
Il ressasse, il repasse
Ses morceaux de misère
Son vieux puzzle amer.
Bouts de vide, bouts de rien
Bouts d’ficelles, tout s’éteint.
Il voudrait bien hurler
Crier, tout effacer
Il voudrait bien gommer
Les mots de son passé
Mais les maux malhabiles
Rendent l’encre indélébile.
S’est écrit noir sur blanc
C’est tes cris qu’il entend
Marteler en dedans
Il fait froid, il fait noir
Une lame de rasoir.
Le sang pleure, le sang saigne
Les mots crient et s’éteignent.
Sur l’asphalte, sur la pierre
Un mégot, une bière.

Et elle crie, et elle pleure
Sans montrer.
Intérieur.
Elle a mal au dedans au dehors
Elle a peur.

S.PM

27.03.2006

Partir sans aile

Il l’avait vu amarrer, comme ça,
Contre sa joue,
Il l’avait vu arrimer.
Comme le navire se marre au port.
Il l’avait vu glisser, comme ça,
Contre sa joue,
Il l’avait vu rouler.
Comme la pierre qui roule.
Et qui jamais n’amasse…
Elle s’était égarée, comme ça,
Contre sa joue,
Il l’avait vu sombrer.
Comme une ombre effacée.
Il l’aurait effleurée, comme ça,
Du bout des doigts,
Comme on effleure un rêve.
Il l’aurait caressée, comme ça,
Du bout des lèvres,
Juste à peine frôlée.
Il l’aurait enveloppée, comme ça,
De son amour,
Comme on donne sans retour.
Il aurait pris sa peine, comme ça,
Contre son dos,
Comme on leste un fardeau.
Il l’avait juste croisé, comme ça
Dans l’escalier
Comme un destin croisé
Il aurait bien aimé, comme ça
Avec elle s’envoler.

S.PM

25.03.2006

Souffre ma plume

Les mots souffrent ma plume,
Aliénés,
Devenus autre
Ils ont perdu l’essence
Leur sens
Ils ne sont plus qu’écume
Amertume
Ils ne sont plus ce soir.
L’espoir est mort.
Ce soir.
Et ils crachent leur venin
Comme ultime parjure
Et ils pleurent leur venin
Comme ultime blessure
Les mots crient, les mots crissent
Les mots crient leur chagrin
Les mots traînent, les mots tissent
Les mots tissent en vain
Ils s’appliquent
Ils abdiquent
Ils ne sont que pantins
Ils respirent
Ils aspirent
Les ficelles sont de crin
Les mots fusent, les mots s’usent,
Les mots récusent, et s’excusent.
Jongleurs de maux, de peine
Les passions se déchaînent
Funambule sans filet
Et suppurent les plaies.

Ils respirent, ils aspirent
A d’autres parchemins
Inscrire en majuscules
Du bonheur sans virgule
Marquer à l’encre noire
Un possible illusoire
Croire au juste possible
Au peut-être, au plausible
Faire couler des rivières
De chaleur éphémère.
Juste le temps d’un instant
Juste le temps d’un fragment
Juste le temps…

…Ce soir les mots cessent leur danse
Ils se font tour à tour silence
Absence.
Les mots souffrent ma plume.
Ce soir.

S.PM

21.03.2006

Pulls de l'haine

Chacun a faim chacun a froid
Dans son bonheur un peu étroit
Des pulls des laines des pulls en laines
Le froid persiste et se gangrène
Au coin des lèvres les commissures
Se figent, se crispent et se censure
Au coin de l’âtre les blessures
Ravivent les intenses brûlures
Chacun se mire, chacun s’admire
D’un peu plus loin, d’un peu moins près
Les visages ne cessent de blêmir
L’humain s’illustre dans l’abstrait.
Chacun à tort et à travers
Le monde tourne à l’envers
Les yeux au ciel, les pieds cloués
Le vague à l’âme, les poings liés.
Chacun a faim chacun a froid
Dans son bonheur un peu étroit
Les maux sont si bien ajustés
Du sur mesure, bien élancé.
Sous le manteau la colère gronde
Les jours défilent et se confondent
Le bonheur vogue dans le pré...

Je voudrais bien le voir voguer.

S.PM

12.03.2006

A la sueur de nos silences.

Qu’avons-nous fait de nos silences ?
Les eaux ont coulé sous les lacs
Sous les ponts aussi un peu
Des ponts acculés aux absences
A nos regards juste effleurés
A d’improbables ressemblances
A d’opposantes identités

Qu’avons-nous fait de nos silences ?
Je les entends me murmurer
Ce que nos mots ont toujours tu
L’immuable destin de l’être
Le juste instant possible
L’impossible.
Je les entends encore hurler

Qu’avons-nous fait de nos silences ?
Je n’entends plus que leur écho
Le triste son de leur absence
Crie et résonne contre ma peau
Instants dérobés au vacarme
Aux bruits aux maux aux larmes
Une péninsule de résistance
Un caillou noir sur une terre blanche

Qu’avons-nous fait de nos silences ?
Se sont-ils tus à tout jamais ?
Je rêve encore de leur présence
Douce quiétude, havre de paix
J’ai parcouru bien des échanges
Échangé bien des discussions
Partout le vide, qui dérange
Et rire pour donner l’illusion

Qu’avons-nous fait de nos silences ?
Pourquoi les avoir muselés ?
Le bruit a sclérosé l’espace
La colombe vogue et s’efface
Ils étaient rires, ils étaient larmes
Ils étaient joie, ils étaient drames
Qu’avons-nous fait de nos silences ?
Des silences juste apprivoisés
À peine éclos de leur souffrance
Déjà reclus dans leur passé

Qu’avons-nous fait de nos silences ?
Une mort lente et programmée…

S. PM

03.03.2006

Rouleau compresseur

Mon marteau pique cœur
A grands coups de douleur
Martèle pique et meurt
Sous les pavés les pleurs
C’est pique ou crève
Dame de pique
En plein cœur
C’est marche ou meurt
Valet d’as
Et trépasse
Sous les pavés la peur

Continuons demain
A rejouer l’histoire
Que de sang sur les mains
Je casse mon miroir !
Vous détruisez la vie
Plutôt que la semer
Vous assénez de cris
Les âmes apeurées
Votre terreur est reine
Au royaume des fous
Vos mots ne sont que haine
Mépris hargne dégoût
Prêchez convertissez
Mon âme n’est pas à vendre
Pillez assassinez
Vous n’aurez que mes cendres.

Continuons demain
A rejouer l’histoire
Pile ou face, dix contre un
Face à terre, désespoir
Der des ders
Mon va-tout, mon joker
La raison du plus fort
Est toujours la meilleure
La reine s’incline pour le roi
Dans la folie
L’absurde est loi


Mon marteau-piqueur
A grand coups de douleur
Martèle, brise et pleure
Refuse, signe et meurt.
Sous les pavés ma rage.

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