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02.04.2006
Des rades des rives, des rades dérivent
J’les aime bien tu sais, les bars, les rades et les bistrots.
J’les aime p’t’être un peu trop.
A l’endroit, à l’envers, plus souvent à l’envers.
A la limite, toujours. Du raisonnable, déraisonnable.
Mais il faut les choisir, et bannir, les trop grands, les trop beaux, les trop.
Les policés, les bien lissent, les polis où tout glisse,
Même les verres sur les tables prennent des airs respectables.
Les m’as-tu vu bien en vogue, les très bien démagogue, ceux qui refond le monde à cinq euros la blonde… et les mêmes qui s’affichent, qui étiquettent, qui fichent, qui filtrent leur entrée sans jamais déroger…
Les très bien respectables, respectés admirables, ceux qui accueillent froidement, vous servent poliment. Les bistrots des artistes, anarchistes, si tristes qui regorgent d’idées en buvant leur café, mais dehors, dehors rien n’a changé, dehors.
Puis il y a les bars d’avant, ceux pour les étudiants, collégiens, lycéens à chacun son p’tit sien, les spécial cours séchés, baby foot, une tournée limonades ou café.
Et puis il y a les autres, ceux qu’on ne voit même pas, tristes comme les apôtres, quand on Le crucifia. Ils s’appellent le Gilbert, l’PMU, la tôlière, du néon au plafond, de la sciure par terre, des demis, du houblon et des bouts de misère.
Ceux qui sont juste là ; du matin au trépas, qui accueillent la dérive, dérive des lendemains, des lendemains sans rive, et qui disent « à demain » ils ont juste un p’tit coin, un petit bout de rien.
Une table, quatre chaises, un refrain qui apaise.
Ils sont juste là. Avec toute leur misère, écrit en capitale, avec des gens très bien, qui se croient tout minables, parce qu’ils sont juste comme ça.
Et puis y’a les discours, ceux qui refond le monde, et ceux qui le défont, accolés au comptoir, à chaque bière une histoire.
Il y a les malheureux, défaitistes, amoureux, ceux qui ne croient plus en rien, sauf à leur verre de vin, les égarés d’un soir, passés juste par hasard, éloignés de leur bord qui recherchent un tribord pour amarrer leur peine. Puis il y a les bavards les assoiffés vantards, tout vu, tout entendu, la langue bien pendue, les solitaires amers isolé dans leur bière qui écoutent vaguement les rires des clients. Il y a ceux qui sont là qui pourraient être ailleurs, et ceux qui sont là pour ne pas être ailleurs.
Et puis il y a mon ombre, mon ultime naufrage, qui erre qui vagabonde, au milieu des rivages.
Juste un dernier mirage au milieu de l’écume, une trêve, un passage où divague ma plume. Le temps d’une gorgée, laissez pleurer les mots, le temps d’une envolée, laissez couler les maux.
Je les haime ces cafés, ces bistrots.
Peut-être un peu trop…
S.PM
Petit écho au texte de Madin "Dans la salle du bar tabac de la rue des martyrs":http://forgetmenot.hautetfort.com/



Commentaires
Petit écho... tu es modeste... C'est magnifique ce que tu écris, et je m'y connais en bistrot crois-moi! Toi aussi, on dirait, pour les décrire comme çà, il faut les "haimer" comme tu dis...
Bise à toi,
Ecrit par : evariste | 02.04.2006
Et puis ici c'est un peu comme un café. On s'accoude. On boit quelques verres de vie. Tous uniques. Chaque verre/ver a mûri lentement. Peut être qu'il s'agit même d'un breuvage distillé clandestinement. Va savoir. Une absinthe de poète aromatisée au sang d'encre.
Ici, on boit, on lit ici avec déléctation. On se laisse emporter. On s'imagine. On ne s'en lasse pas.
On voudrait répondre. Entamer la conversation. Comme dans un bar. On voudrait rester. Accouder.
Et gentiment, en redemander un autre, jusqu'à l'ivresse des mots.
Un autre siouplé!
Ecrit par : Roger | 02.04.2006
@Evariste, merci pour ce joli commentaire, mais vraiment juste un écho qui peut être sonne juste car je les haime...beaucoup...
@Roger, j'aime bien vos commentaires qui continuent mes mots , d'une autre manière, 'puis celui-ci il est vraiment beau...
Merci d'être toujours là, ça me donne envie de continuer. Merci. Vraiment.
Ecrit par : sonia | 02.04.2006
Sonia,
waw quel texte, j'aime toutes ces descriptions. Il est très beau ce texte, que dis-je: Magnifique
Lynn
Ecrit par : Lynn | 03.04.2006
J'ai pu lire quelques uns de tes textes mais c'est celui ci qui me scotch...pour moi ce texte révèle quand meme un réel talent. Lyçeen et étudiant branleur que j'était fait que je me reconnait parfaitement dans "les bars d'avant", ceci dit je trouve le reste percutant, émouvant et cette pénombre ambiante et pesante est touchante, vivante et pleine de sincérité. Bravo!
Promis si le hasard fait que...je ne me permettrait pas de t'emmener dans un bar du 17 mars!
Ecrit par : bertrand | 03.04.2006
Un jour, il faudra que j'essaye.
Essayer de te, raconter, presqu'aussi , bien.
Plus haut tu , comme très fort, forte, tu, les bons mots.
bravo,BRAVO,à nouveau, si , autre chose, mais les mots , si forts, imageS et décors si vivants, le temps, beau, écorchures d'écorchés , le temps, arrosé, le temps, vécu, si beau, si cru, accroché, l'ivresse , pansementS, si tard, si tôt, détresseS, plus haut, plus fort, si beauX, je pense, panse, méli-mélo, si beau, si ...avec le temps comme il dirait, avec le temps va...
Ecrit par : madin | 05.04.2006
Bonjour Sonia,
Je découvre avec intérêt votre texte et crois lire du Prévert. Même si tristesse et nostalgie il y a, c'est d'une réelle beauté.
J'ose cependant espérer que cette aventure n'est pas la vôtre. Dites moi non!
Très cordialement Sonia
Ecrit par : Fabrice | 07.04.2006
@lynn, whaou merci pour le comm'
@Bertrand, merci du passage et de votre commentaire... mais la terre est ronde on se retouve toujours un peu dans les mêmes bars...
@Madin, ben merci, beaucoup, tu as commencé à travers ton commentaire à te raconter, un peu, et merci de m'avoir permis d'écrire celui-ci...
Ecrit par : sonia | 07.04.2006
@fabrice, merci pour ce grand compliment, même si je me sens bien loin de ce grand homme...
Quant à cette "aventure", je ne peut que laisser voguer votre imagination, mais elle est bien mienne... Pardon...
Ecrit par : sonia | 08.04.2006
Bonjour Sonia,
Mais pourquoi pardon ma chère? Vous êtes, je suis, nous sommes tous dans une aventure avec des moments et des instants de doute, de bonheur, de tristesse, de joie, d'incertitude... J'aime vous lire Sonia. Je ne commente que très très rarement mais je suis, je vous assure l'un de vos fidèles lecteurs. J'aime vous lire et je vous apprécie beaucoup.
On a tous besoin, bien prétencieux celui qui dirait le contraire, de soutien, de chaleur, de réconfort dans une période difficile. Je me suis autorisé hier à vous laisser un petit com, car j'ai cru deviner peut-être un petit coup de blues.
Vous êtes Sonia, le Prévert féminin des blogs. La fidélité et la qualité des commentaires des Madim, Roger, Lynn, Bertrand... m'autorisent à m'associer à ces talentueux et chaleureux écrivains pour vous chuchoter au creux de l'oreille: continuez Sonia, très sincérement on adore vous lire.
Très cordialement à vous
Ecrit par : Fabrice | 08.04.2006
@fabrice, merci pour tous ces mots. La plupart de mes textes sont emprunts de noirceur, de tristesse, je ne sais retranscrire différemment. Pourtant ce texte est sans doute un des plus positifs que j'ai pu écrire, vraiment. Pour moi il est porteur de vie. Merci encore pour vos réguliers passages. Merci pour votre commentaire.
Ecrit par : sonia | 09.04.2006
Il y a longtemps que je ne t'ai pas lu, Sonia, j'espère que tout va bien pour toi. Plein d'amitiés!
Ecrit par : evariste | 11.04.2006
@Evariste... Ah... la question du temps qui nous échappe... qui court, qui fuit.... Tout va parfois vite si vite, se bouscule, et le temps manque... Mais promis je le retrouverais de nouveau ce temps, et les mots cesseront leur fuite, se disciplineront, et pourront de nouveau s'aligner, les uns derrière les autres... Merci de ton petit mot, je cours me balader un peu sur la "blogosphère", un peu, juste un peu...
Ecrit par : sonia | 12.04.2006
Pour écrire, il faut un imaginaire qui tend vers les autres ...
( M.Darieussecq)
Ecrit par : inconnu | 13.04.2006
@inconnu, j'avais l'habitude de commentaires avec des noms d'emprunts mais face à l'inconnu ça se complique... comment communiquer face à cet inconnu...
Sans doute faut-il un imaginaire qui tend vers l'autre... et pourtant combien de personnes au comportement autistique se révèlent de réels jongleurs de mots... la liste est longue... Alors je ne suis pas si sûre qu'il faille un imaginaire qui tende vers l'autre...
Pour ma part c'est une source d'inspiration, mais ce n'est pas une vérité, c'est mon seul ressenti, je pense que chacun à son propre rapport à l'écriture...
Ecrit par : sonia | 13.04.2006
Communiquer face à un inconnu : nous le faisons tous, tous les jours. Communiquer avec un inconnu : nous le faisons plus rarement ; peut être dans des bars, à la dérive, à la limite. Durant ces quelques heures de fin de nuit où nous tangons entre l'autisme et la schizophrénie.
Très beau texte en tout cas.
Ecrit par : inconnu | 14.04.2006
@Inconnu, C'est vrai... les mots sont justes. J'aime plus encore la dernière phrase qui raisonne en moi, un écho, un vrai... Merci
Ecrit par : sonia | 14.04.2006
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