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28.04.2006
Improbable rencontre
Hier j’avais rendez-vous avec la vie.
Un rendez-vous galant. Une retrouvaille.
Comme se retrouvent deux amants après une absence devenue trop présente.
Hier j’avais rendez-vous avec la vie.
Je l’ai aimé, tu sais, la vie, avant.
Je l’ai aimé comme on aime sans attente, sans retour, pour le plaisir d’aimer.
Je l’ai aimé hier.
Je crois même que j’aurai pu lui demander, de continuer, comme ça, de faire un bout de chemin, main dans la main, comme ça.
J’ai pas osé.
Je l’ai aimé juste pour un soir, je l’ai aimé jusqu’au matin.
J’en ai usé, abusé et c’était bien.
Je lui ai susurré de ces mots inventés, imagés, de ces mots que pour elle. J’aurais aimé lui composer, moi aussi, de ces perles de pluie, venues de pays où il ne pleut pas, j’aurais aimé creuser la terre jusqu’après ma mort pour qu’elle ne me quitte pas.
J’aurais aimé.
Hier j’avais rendez-vous avec la vie.
Sur le coup du soir tard, je me suis mise à rire, comme ça, juste pour rien, juste parce qu’il faisait bon rire, et que ce n’était pas si souvent qu’il faisait bon.
J’ai ri pour rien, pour tout, seule, ou à plusieurs, je ne sais plus. J’ai ri de ces rires qui emportent qui transportent, de ces rires qui rendent fou, qu’on est seule à comprendre.
J’ai ri jusqu’à en perdre haleine, jusqu’à en perdre la haine contre elle-même.
J’ai ri jusqu’à pleurer toutes les larmes de l’amer, jusqu’à la goutte d’eau qui a fait déborder la vase. J’ai ri jusqu’à plus soif.
Je l’avais étanchée ma soif, noyée dans un verre d’eau, ou d’alcool, je ne sais plus, ou que trop bien.
Hier j’avais rendez-vous avec la vie.
Depuis elle est partie, la vie.
S.PM
17.04.2006
A la fange des possibles
Rechercher les limites
Toujours
Transgresser les barrières
Les frontières
Brûler les barricades
Les abattre une à une
Comme on abat des murs
A la force de nos passions
Conscient qu’au-delà de cette limite
Notre ticket ne sera plus valable
Nous l’avons composté
Impossible retour
Avancer
Plus toujours plus
Dépasser
Et ce vide en bas
Ce vertige.
Tout semble si dérisoire.
Lassés de regarder
Ces trains
D’être sur le quai des gares
On a juste marché
Le long des rails
Emporté par la fougue
On les a chevauchés
Ces wagons
Erodés.
Nous avons pris ce train
Envole
Nous nous sommes envolés
Nos ailes déployées.
Nos sens décuplés
Exacerbés
Voyageurs insolites
A la fange des limites
Toujours
Peu importe les routes
Les chemins, les déroutes
Que le vent nous emporte
La tornade est trop forte
Nous descendrons
Demain
A la prochaine gare
Je lâcherai ta main
Ce soir il se fait tard.
Au poste d’aiguillage
Nos voies ont divergé
Reprenant leurs sillages
Leurs chemins arpentés
Je rêverai encore
A de nouveau voyage
Je rêverai à tord
De ces fiévreux mirages
S.PM
13.04.2006
Dernier appel
Elle passe du noir au blanc
Elle a mal en dedans
En l’absence de nuance
Elle avance.
Petits pas,
Pas à pas
Elle balance.
Cadencée, pas valsés
Elle danse
Elle s’invente des airs
Des mélodies, des vers
Des refrains des rengaines
Mascarade trompe la peine
Elle passe du rire aux larmes
Sans alerte,
Sans alarme
Elle sèche ses sanglots
Dans l’écume de ses mots
Elle se crée un mirage
Une illusion
Sans cage
Elle passe du noir au blanc.
Son futur monochrome
Sans odeur sans arôme
Douloureux devenir
Elle masque ses pleurs en rire
Elle savoure le présent
Elle se sait en suspend
Elle rêve d’illusoire
De frasques, d’exutoires
Elle transgresse les limites
Comme pour prendre la fuite
Ne jamais s’arrêter
Voguer danser valser
Entrechat et s’en va
Un jeté, relevé
Une pointe, deux portés
Dans la valse du temps
Elle est reine du mouvement
Elle passe du tout ou rien
Elle s’en va et revient
Elle se perd en dedans
En quête constamment
D’une paix intérieure
Une quiétude, un leurre
Des passions à foisons
Du bonheur sans raison
Elle se brûle les ailes
C’est son dernier rappel
Mais la salle se vide
Les visages sont livides
Une dernière danse
Petits pas et balance
C’était son dernier cri
Petits pas et s’enfuit…
S.PM
02.04.2006
Des rades des rives, des rades dérivent
J’les aime bien tu sais, les bars, les rades et les bistrots.
J’les aime p’t’être un peu trop.
A l’endroit, à l’envers, plus souvent à l’envers.
A la limite, toujours. Du raisonnable, déraisonnable.
Mais il faut les choisir, et bannir, les trop grands, les trop beaux, les trop.
Les policés, les bien lissent, les polis où tout glisse,
Même les verres sur les tables prennent des airs respectables.
Les m’as-tu vu bien en vogue, les très bien démagogue, ceux qui refond le monde à cinq euros la blonde… et les mêmes qui s’affichent, qui étiquettent, qui fichent, qui filtrent leur entrée sans jamais déroger…
Les très bien respectables, respectés admirables, ceux qui accueillent froidement, vous servent poliment. Les bistrots des artistes, anarchistes, si tristes qui regorgent d’idées en buvant leur café, mais dehors, dehors rien n’a changé, dehors.
Puis il y a les bars d’avant, ceux pour les étudiants, collégiens, lycéens à chacun son p’tit sien, les spécial cours séchés, baby foot, une tournée limonades ou café.
Et puis il y a les autres, ceux qu’on ne voit même pas, tristes comme les apôtres, quand on Le crucifia. Ils s’appellent le Gilbert, l’PMU, la tôlière, du néon au plafond, de la sciure par terre, des demis, du houblon et des bouts de misère.
Ceux qui sont juste là ; du matin au trépas, qui accueillent la dérive, dérive des lendemains, des lendemains sans rive, et qui disent « à demain » ils ont juste un p’tit coin, un petit bout de rien.
Une table, quatre chaises, un refrain qui apaise.
Ils sont juste là. Avec toute leur misère, écrit en capitale, avec des gens très bien, qui se croient tout minables, parce qu’ils sont juste comme ça.
Et puis y’a les discours, ceux qui refond le monde, et ceux qui le défont, accolés au comptoir, à chaque bière une histoire.
Il y a les malheureux, défaitistes, amoureux, ceux qui ne croient plus en rien, sauf à leur verre de vin, les égarés d’un soir, passés juste par hasard, éloignés de leur bord qui recherchent un tribord pour amarrer leur peine. Puis il y a les bavards les assoiffés vantards, tout vu, tout entendu, la langue bien pendue, les solitaires amers isolé dans leur bière qui écoutent vaguement les rires des clients. Il y a ceux qui sont là qui pourraient être ailleurs, et ceux qui sont là pour ne pas être ailleurs.
Et puis il y a mon ombre, mon ultime naufrage, qui erre qui vagabonde, au milieu des rivages.
Juste un dernier mirage au milieu de l’écume, une trêve, un passage où divague ma plume. Le temps d’une gorgée, laissez pleurer les mots, le temps d’une envolée, laissez couler les maux.
Je les haime ces cafés, ces bistrots.
Peut-être un peu trop…
S.PM
Petit écho au texte de Madin "Dans la salle du bar tabac de la rue des martyrs":http://forgetmenot.hautetfort.com/


