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06.05.2006

A la frontière des jours

Cinq heures et des poussières.
Entre ombre et lumière. Se croisent les chimères.
Chacun avec son ombre, son étole de pénombre.
Chacun avec son sien, son petit bout de rien.
Son bonheur a la pelle, son seau et sa truelle.
Son vague à l’âme en peine,
Sa peine sans une vague,
Sa légère allégresse, son enivrante ivresse,
Son poids lourd, son poids plume,
Ses joies, ses amertumes.
A l’aube des matins, s’alignent les desseins.
Chacun sous son regard, se toisent les histoires,
Improbables rencontres, deux univers racontent.
Voyageurs de la nuit, parcourant l’insomnie,
Jusqu’au trépas nocturne, se lèvent les diurnes.
Ils errent, ils vagabondent de bars en exutoires,
Partout où la fièvre gronde ils traquent l’illusoire.
Ils respirent, ils aspirent à prolonger en vain,
La nuit qui les inspire, qui les mène au loin.
Ils repoussent les limites, les frontières, l’illicite,
Ils voguent sans mot dire, recherchant leur Zahir.
C’est au creux des errances qu’ils apaisent leur souffrance,
Une soif inassouvie, un vide qui détruit
Ils aiment à échanger au détour d’un regard,
Ils aiment à rencontrer jusque dans le soir tard.
Lorsque l’aube apparaît, dans un même mouvement,
Ils rentrent sans regret, les yeux dans le néant.
Ensuqués, enivrés, ils sourient à la vie,
Juste déambuler, dans les dédales des nuits.

Puis il y a les seconds qui s’activent et s’empressent
Qui courent et qui caressent,
L’espoir du grand soir.
Le monde leur appartient puisqu’ils se lèvent tôt,
Ils passent leur chemin, n’ayant fi des oiseaux.
Leurs rêves sont en cage, leur vie est bien trop sage,
Ils aspirent au meilleur, leur meilleur est un leurre.
La tête inclinée, portant de lourds fardeaux,
Leur temps leur est compté, il se compte en euros.
Ils avancent, ils avancent sans jamais s’arrêter,
Les autres dansent et balancent jusqu’à s’en épuiser.
Lorsque les uns s’effacent, las et fatigués,
Les autres se déplacent, passent sans les mirer.
Chacun avec ses sons, ses musiques, ses chansons.
Dans la tête des premiers raisonne encore l’écho
Des rythmes endiablés, des rocks et des tangos
Les seconds fredonnent des airs, des tubes sans âme, sans nerf,
Passés et repassés sur les ondes délavées.
Et chacun passe,
Repasse,
Trépasse.
Au milieu l’immuable.
Tribulations serviables.
Le pain et le journal, un quotidien banal,
Les lourds marteaux piqueurs, martèlent piquent et pleurent,
Les ordures les poubelles, la ville sera belle.

A la fange toujours, entre nuit et jour se croisent les discours.

J’aspire à retrouver, ces minutes égrainées, qui effleurent le jour, lorsque s’effeuillent les nuits.
J’aime à juste voguer entre ombre et lumière,
J’aime à juste repousser, transgresser les frontières.

S.PM

Commentaires

J’avale une première gorgée, puis une seconde , puis le texte en entier et je suis toujours très étonné du choix par leurs puissances des mots que tu utilises, sélectionnes pour peindre ausssi bien, tant de tableaux , tant de photos , parfois du NB, parfois toutes en couleurs, parfois des images que j'aurais bien aimé capturer sur toile, sur papier glacé, sur ...peut importe le support, c'est fort, toujours ,très fort.
Même après tant d'années, j'ai toujours autant peur de la nuit, du sommeil, de son silence angoissant , cette nuit qui biologiquement parlant nous oblige physiquement à trouver un sommeil réparateur ou nécessaire pour affronter le jour, avec forceS ,faut bien bouffer. Mais j’ai de très beaux souvenirs jeune homme de petits matins parisiens comme dans la chanson « il est 5 heures Paris s’éveil ».Mais surtout des petits matins parisiens du dimanche ou la ville à une toute autre saveur , quelque chose de plus léger peut être,
plus humain , quand tu es dans les premiers à prendre ton café croissant au zing de la première brasserie qui déjà à ouverte ses portes , des odeurs de premiers tabacs, de produits nettoyants qui fait briller les tables, les cuivres, des premiers papotages , des froissements de papier journal, des bises distribuées aux habitués, des premières mousses qui débordent , du premier p’tit vin blanc avant le marché, du jour qui commence à bien prendre sa place avant que j’aille retrouver dans ma nuit américaine ma chambre de bonne à l’époque nichée au dernier étage d’ un immeuble bourgeois , m’effondrer seul , parfois à deux, sur un mince matelas ; ma nuit quoi !
bonne journée,
bon dimanche,
bon courage si...
BRAVO !!!

Ecrit par : madin | 07.05.2006

A la frontière des jours, créons un espace de libre circulation ou chacun porte en lui ce qui se passe dans sa vie.
A la frontière des jours, ce qui se déclare ce sont des vrais instants de vie....

Ce texte est fort car il nous fait vivre ce qu'il dit.

Ecrit par : Roger | 07.05.2006

A la frontière des blogs, je suis revenu chez toi prendre un bol de poésie... Histoire de changer de mots! Ah j'ai bien fait!

Ecrit par : Evariste | 07.05.2006

@Madin, merci de ton passage, de tes mots, j'aime bien...
J'aime la nuit, beaucoup, même si souvent elle est faite d'insomnies, parce que...
j'aime errer, vagabonder, rencontrer, admirer, j'aime... "jeune homme" pour moi les années ont passé, et j'aime toujours autant... la vie change , évolue mais cette nécessité de voguer au rythme des nuits m'est toujours salutaire, nécessaire... Même si parfois, je me perds un peu dans ses dédales obscures...
Merci à toi.

@Roger, oui où chacun porte en lui, un peu de ce qu'il est, de ce qu'il vit... de vrais instants de vie... A mes yeux un des instants les plus authentiques que j'aimerai souvent, longtemps prolonger... Merci.

@Evariste, merci de tes passages, à la frontière... Tu sais qu'ici les frontières sont nombreuses, mais que j'aime à les transgresser...
Merci à toi...

Ecrit par : sonia | 07.05.2006

Je relis ton texte, j'aime beaucoup ce tableau en clair-obscur. Es-tu contemplative, Sonia ou "seulement" amoureuse de ce qui t'entoure ?

Ecrit par : Fleur | 09.05.2006

@Fleur, contemplative, sans doute un peu, je tendrais à pencher du côté de la nuit, même si... Plutôt que contemplative, je dirais davantage "faire partie de", m'inspirer de ce qui m'entoure, me laisser porter, envahir par des émotions, des sentiments, des ressentis...
J'aime à errer, voguer au milieu de ce "clair-obscure".
j'aime à vivre ce "clair-obscure"...
Merci de ton passage...

Ecrit par : sonia | 09.05.2006

C'est entre Ombre et Lumière que naissent les espoirs et ... aussi... les véritables Visions...

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Ecrit par : Nebo | 11.05.2006

J'aime beaucoup ton utilisation des mots et ton sens de la musique et des images. Je viendrai te rendre visite régulièrement. A bientôt.

Ecrit par : Marc | 12.05.2006

@ Nebo, oui sans doute, en tout cas pour moi...
Merci de votre passage, d'avoir pris le temps de lire, d'écrire. Merci

@Marc, merci, et à bientôt.

Ecrit par : sonia | 12.05.2006

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