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25.05.2006
Les écorcheurs de mots
Ils écorchaient les mots plutôt que d’accrocher leur vie.
Ils écorchaient leur âme, qu’ils savaient damnées.
Ils écorchaient leurs maux, qui les rendaient à vif.
Ils n’étaient que reflets, que fantômes d’eux-mêmes.
Recherchant en leur sein la force de poursuivre.
Blessés, torturés, à vif, à chair, à sang, ils n’étaient que souffrance.
Expiant leur part de sombre dans l’ombre de leurs mots.
Expiant leurs ombres éparses dans l’émoi de leurs cris.
Ils étaient de ces âmes maudites. Maudites d’elles-mêmes.
Incapables d’entrevoir en leur sein une once de lumière.
Incapables de cerner, discerner leur blancheur, leur candeur, la grandeur de leur âme, la force de leur être.
Ils erraient sans maux dire.
Mutiques, retranchés.
Acculés.
Happés dans la tourmente, ils caressaient l’absente.
L’absence.
Devenue trop présente.
N’ayant fi des bourrasques, ils subissaient les frasques
De leur profond marasme.
Ils n’étaient que douleur.
On lisait dans leur cœur comme dans un livre ouvert.
Oublié.
Un livre qu’on aurait oublié de fermer.
Un livre où les pages cornées venaient rappeler les affres de leur veille.
Sur les pages, les mêmes marques, mêmes tapages.
Nocturne, diurne.
Incessant, permanent.
Hurlements silencieux.
Les mêmes odeurs de pages vieillies, jaunies, les mêmes aigreurs.
Un livre resté ouvert, à jamais, comme la béance d’une plaie.
Ils écorchaient leurs mots pour expier leur peine.
Les traquant, torturant, les rendant sans forme, sans vie.
Les vidant de leur sens, l’essence même de leur être.
Touchant jusqu’à leur sang, leurs os, leur moelle.
Dénaturant jusqu’à leur entité, identité.
Brusquant les allitérations, les assonances, les rythmes et les mesures.
Faisant rager les r, jusqu’au râlement final
Tordant les t jusqu’à les atterrer.
Souffrant les f, les suffocant.
Toutes une à une,
Dénudées, les lettres s’inclinaient,
Se soumettaient.
Acceptaient les jeux de maux.
Les je de mots.
Ils écorchaient leurs mots plutôt que d’accrocher la vie.
Ils auraient tant aimé, savoir les caresser,
Les effleurer, juste les aimer
Ils auraient tant aimé.
Leur mal était trop grand.
Souffrant de leur souffrance, ils ne pouvaient souffrir
De voir sous leurs mots, les blessures de leur peau.
S.PM
19:49 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note



Commentaires
A l'ombre des mots, les maux tanguent, se ballottent au contact de la lumière.
Ils se font, se refont, s'accumulent et se racontent….
Merci Sonia
Lynn
Ecrit par : Lynn | 26.05.2006
Et moi je m'accroche à ce texte...
Comme une complainte à prendre au pied de l'être.
Ecrit par : Roger | 29.05.2006
Ce texte est magnifique. Tu as ce rythme qui fait valser les mots les uns contre les autres sans qu'ils ne se heurtent. Moi, je suis touchée, les mots sont entrés.
Ecrit par : anouschka | 30.05.2006
Merci....
Ecrit par : sonia | 06.06.2006
Besoin, envie, de relire celui-ci.
Toujours accro à l'idée des hurlements silencieux.
Ecrit par : roger | 29.07.2006
Roger, les mots sont absents pour l'instant, incapables d'exorciser leurs maux, les hurlements silencieux prennent tout l'espace....
Ecrit par : sonia | 29.07.2006
C'est quelque chose de connu. Pour moi, dans ce cas, le plus dur, c'est de résister et de ne pas tenter de les précipiter. Un peu comme un manque, un besoin qu'ils reviennent vite.
Ressens tu cela aussi?
Ecrit par : Roger | 30.07.2006
@Roger, ô oui... tu veras mon prochain texte, besoin de les retrouver, ils sont silence depuis trop longtemps... ils me manquent.... un besoin, une nécessité, une urgence...
Ecrit par : sonia | 30.07.2006
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