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30.11.2006
Mirage éthylique
Parce qu'on n'efface pas la douleur en appuyant sur un bouton "reset", parce que vivre c'est avoir mal, parce que... Mirage éthylique se doit d'exister.
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voici un bateau qui est très beau, qui fait rèver
mais qui est prisonnier de la bouteille
et ne naviguera plus jamais. Bruno
(Merci beaucoup à Bruno pour cette photo et ce commentaire)
A D.
Il y’eut ces fonds de verres, laissés comme traîne-misère
Sur des tables délaissés, par les grands, éméchés
Oubliant un instant, qu’ils étaient les parents
D’une progéniture
S’essayant en biture.
Il y eut cette première. Cette gorgée de bière
Des années en arrière, lapée âpre et amère
Un précieux souvenir, un sinistre devenir
Comme un goût de revient,
Inaliénable lien
Puis il y’eut ces soirées, d’adolescents pressés, d’oublier dans l’ivresse
Le monde qui les oppresse.
Un verre et puis tant d’autres, une cuite, à la vôtre !
Puis l’alcool a coulé, lentement défilé
De bars en exutoire, tout semble si dérisoire
Une simple habitude, trinquer comme un prélude, à un triste lendemain
Aujourd’hui tout va bien.
Apéro entre amis, une tournée et s’enfuit
Puis revient plus souvent.
Un besoin si pressant.
Et le rythme s’emballe, lentement tu décales
Et tu te préfères seul, acculé au comptoir
Tu ne fais plus la gueule, devant ton auditoire
Que tu jaugeais trop lent, à terminer leur blanc
Et tu te préfères loin, de tes ex-camarades
Prestement tu rejoints, les plus infimes rades
Un demi et puis deux, un troisième un adieu
Il te faut boire bien vite, pour reprendre la piste
Dans ta piste point d’étoiles, seule au loin la grand voile
Qui te laisse imager, un ailleurs apaisé
Un ersatz de paix, juste le temps d’un trajet
Avec comme seule amie, ta fidèle, ton whisky
Qui jamais t’as trompée, savamment déposée
Près de toi comme l’unique, que tu adules… Cynique !
Des chemins et des routes, le temps de ta déroute
Une halte et puis deux, et tu fermes les yeux
Une gorgée et puis deux, tu te sens déjà mieux
Tu aspires une bouffée, comme pour mieux t’apaiser
Une clope, un whisky, tu t’inventes ta vie
Que tu sais illusoire, fantasque, sans espoir
Juste un instant volé, une nouvelle gorgée
Et ta bouteille se vide, en emplissant ton vide
Tu la jettes comme honteux, et tu regrettes un peu
Mais il est déjà tard, l’automate repart
Et il rentre chez lui.
Grisé par sa folie.
L’alcool est encore sage, pas de trace de ravage
Tu fais juste semblant devant femme et enfants
Qui n’comprennent pas encore, que tu es déjà mort.
Un baiser et au lit, aujourd’hui c’est lundi
Papa doit étancher, sa soif inavouée
Et tu triches et tu mens,
Et le manque te reprend
Une torture sans fin, un Ricard ou du vin
Tu recherches comme un fou, tes planques tes dessous
Tu coupes du bois sans fin, dans le fond du jardin
Juste pour picoler, le temps d’une envolée
Et tu rentres blindé.
Tout le monde est couché…
Tu te faxes dans le lit, sans un mot sans un bruit
Mais ta femme comprend, même si elle fait semblant
Tu te jures que demain sera un autre jour
Que tu seras à jeun, tu seras sans détour
Mais demain est un leurre, et tu attends ton heure
Rituel éthylique, tu te sais alcoolique
Toi qui par le passé, réfutais ce présage
Surtout ne pas sombrer, dans ce triste mirage
Lentement tu dérives, sur les berges sans rive
D’un si lointain ailleurs, dans l’alcool tu te leurres
Et tu triches et tu meurs, et tu craques, et tu pleures
Tu changes le vin en eau, pour laisser le niveau
Dans l’astuce tu excelles, le manque te donne des ailes
Les bouteilles se font rares, t’as vidé les placards
Tu te changes en renard, pour traquer un Ricard
Tu t’étais rêvé tigre, mais l’alcool te dénigre
T’enlève jusqu’à ta rage, tu es son seul otage
Et tu fouilles en vain, tes planques tes recoins
Puis parfois tu rejoins ton fidèle voisin
Compagnon d’infortune, que tu ne comprends pas
Le jour où il répugne, à te servir comme ça.
Doucement tu t’éveilles, de ta lente torpeur
Tu refuses ce sommeil, dans lequel tu te meurs
A l’aube de ta naissance, tu frôles le coma
Comme ultime souffrance, comme un dernier combat
Avachi sur le sol, tu comptes tes étoiles
C’est ton dernier envole, demain tu te dévoiles
Depuis de nombreuses lunes,
Tu t’accroches à la vie,
Tu recherches ta dune, pour poursuivre tes envies
A la force de tes rêves, tu poursuis ton chemin
Chaque jour est une trêve, un combat sur demain
Et tu sais bien précaire, ce tout juste équilibre
Qu’au sein de tes viscères, tu n’ s’ras plus jamais libre
Le poison fallacieux rodera comme une ombre
Et res’tra douloureux, tapis dans la pénombre
Dans l’attente de te voir, un beau jour trébucher
Ne lui laisses plus d’espoir, ne le laisses pas régner
Tu es maître à ton bord, même si t’as débordé
Tu es seul maître à bord, ton navire va voguer
Il sera le plus beau, le plus grand le plus fort
Et au milieu des eaux, tu seras un condor…
S.PM



Commentaires
c'est marrant, au début, avant l'arrivée du tu, on pense que c'est l'auteur qui est sur la pente de l'alcool. au début du tu, on se dit c'est un artifice. puis plus tard s'opère un retournement, c'est vraiment un autre, très réel. jusqu'à la fin où je vois un dédoublement, le réel noir vu en transparence derrière l'espéré rose. mais je suis un cynique.
c'est plein de choses très belles, genre "et tu triches et tu mens et le manque te reprend"... "lapée apre et amer"...
bref, aussi bien dans le mouvement général que dans les détails, c'est très réussi!
Ecrit par : merlin | 30.11.2006
parce que les mirages ne sont pas qu'éthyliques, parce que la douleur est bien réelle, parce que la vie ça ne s'efface pas, parce qu'être soi c'est sans doute encore le moins douloureux, parce que parler et dire...
Ecrit par : LTDS | 01.12.2006
Je partage l'avis de Merlin. Il est très riche ce texte.
Dans ces messages et dans sa construction.
J'aimerai bien écrire avec toi un jour...
Ecrit par : Imparfait Présent | 01.12.2006
@merlin, sans doute une progression où je me retrouve dans ce "tu". Ce "tu" c'est toi, moi, lui. Tous plus ou moins en fonction des sensibilités, ce peut-être l'alcool, ou autre, chacun avec son pilier pour ne pas sombrer et tenter de composer, pas toujours de la meilleure manière qu'il soit.
Non je ne trouve pas cynique, davantage réaliste.
Merci beaucoup pour le compliment.
@LTDS, oui les mirages ne sont pas qu'éthyliques, il sont...
Je ne te rejoinds pas vraiment sur le fait qu'être soi est sans doute le moins douloureux... au contraire, être soi, accepter sa part de sombre, s'accepter est sans doute le combat le plus difficile de la vie...
Faire semblant est si facile, et pourtant...
@IP, Merci... je l'avais effacé, puis l'ai remis car au final rien ne s'efface...
Quand tu veux pour l'écriture à deux mains... sachant que pour l'instant j'aurais beaucoup de difficultés à mettre du soleil dans mes mots...
Ecrit par : sonia | 02.12.2006
Cette entrée frappe fort et en profondeur.
De la souffrance en dépendance... on s'en ressert un verre pour mieux s'oublier dans l'impossible oubli de soi... se noyer dans un verre comme on vogue sur le bateau ivre de notre vie...
tous ces mots résonnent très fort.
Je découvre ce blog... et je ne sais quoi dire tant les mots pénètrent.
Ecrit par : Anna | 03.12.2006
@Anna, bienvenue et merci. Très beau comm', j'aime bcp l'idée de se resservir un verre (un vers) pour mieux s'oublier dans l'impossible oubli de soi... C'est tout à fait ça.
A bientôt alors...
Ecrit par : sonia | 03.12.2006
3637...:)
Ecrit par : leicalumix | 09.12.2006
.. tu dis bien ces soirées où l'on passe à coté des perles de vin qui irisent les parois du verre, de la mousse qui rafraîchit le regard avant le palais, de l'odeur de tourbe qui précède le vieux mac machin ..
Tu dis bien ces moments où l'on ne fait que descendre des degrés d'alcool, que descendre des degrés, que descendre ..
Ecrit par : bruno | 10.12.2006
@Leicalumix, Ben euh... que veut dire 3637?
@Bruno, toi aussi tu dis bien...
Ecrit par : sonia | 11.12.2006
.. 36 37, c'est digne d'un don ; )
Ecrit par : bruno | 11.12.2006
@Bruno... ben je dois être blonde... je comprends rien :-(
Ecrit par : sonia | 11.12.2006
.. telle est Son' !
Ecrit par : bruno | 11.12.2006
Bon ben je resterais inculte... :-(
Ecrit par : sonia | 12.12.2006
.. c'est le numéro de tél pour faire un don le soir du Téléthon !
Tu peux redevenir un culte !
Ecrit par : bruno | 12.12.2006
.... Sic... je devrais être bien placé pour le savoir...
Ecrit par : sonia | 13.12.2006
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