02.05.2006
St Et.
Texte écrit dans le cadre d'une soirée slam ayant pour but de résister. Thème: ma ville: St Et. Organisé par l'associatif Pirate ta ville.
Note modifiée, un peu, je ne la touche plus, car j'aurais envie de la modifier, encore et encore... Il y aurait tant à crier...
Une heure du mat St Et s’éteint, / Le rideau tombe sur ses nuits
Une heure du mat, je me sens bien, /Je rêve à d’autres insomnies
Où sont passés tous les bistrots, / Les rades, les bars, les vieux tripots
Où jusqu’à l’aube s’arrimaient, / Les âmes en peine, les feux follets
Où sont passés tous les endroits, / Un peu bizarre, pas vraiment droit
Où il fait bon être à l’envers, / A regarder couler les verres
J’aspire à de nouveau Mistral, / Mon corps en manque, c’est viscéral
J’aspire à d’autres lendemains, / St Et la nuit, St Et s’éteint
Ils nous avaient promis hier, / Une salle, une vrai pour les concerts
Depuis dix ans, c'est dans un hall, / Que s'époumone le rock'n'roll
St Et a perdu sa pudeur, / Son intimité, sa candeur
Dans chaque ruelle, un œil de verre, / Traque et dissèque d’un air amer
Le moindre élan non contrôlé, / Le moindre allant d’altérité
Dans chaque coin, l’oeil surveille, / Soyez tranquilles la police veille
Les murs ont sclérosé l’espace / Les pierres ont envahi les places
Tout est fiché stigmatisé, / Même les arbres sont cantonnés
La ville verte a triste mine, / Son idéal tombe en ruine
Même le chaudron sa grande fierté, / N’a plus l’éclat de son passé
La fièvre verte s'en est allée, / Et avec elle, son épopée
Elle ne vit plus que sur ses restes, Sa popularité l'atteste
Seul son tramway nommé Désir, / Sillonne la ville dans un soupir
Du nord au sud, Seule latitude, / Dans les quartiers, On marche à pied
Bellevue bel air ou Montplaisir, / De jolis noms pour son empire
Ils sonnent creux comme son château, / Du tape à l’œil pour son ego
La vieille ville crie son mal, / Un gémissement, une plainte, un râle
Sommeil profond et léthargique, / J'cite OTH pour la réplique
Elle s’est noyée dans un verre d’eau, / J’aurais aimé un verre de trop
A trop vouloir se raisonner, / La vieille verte s’est suicidée
Elle n’était même pas de ces belles, / Que l’on respecte sans appelle
Elle n’était pas de ces jolies, / Elle ne faisait même pas envie
St Et la vieille au cœur flétri, / S'enferme, se terre, et s’asphyxie
St Et la vieille au cœur durci, / s’endort dans une lente agonie
Sous les pavés demeure la rage, / Il faut creuser, il faut lutter
Je ne veux pas d’une ville sage, / Sans âme, sans larme, aseptisé
Je ne veux pas d’une ville en cage, / Où seuls les pigeons viennent errer.
Ce soir je me sens l’âme Pirate, / Je veux défier, réinventer
Ce soir je veux marquer l’asphalte, / De mots criés, de mots hurlés
Ce soir je veux qu’mes mots éclatent, / Ultime façon de résister.
S.PM
28.04.2006
Improbable rencontre
Hier j’avais rendez-vous avec la vie.
Un rendez-vous galant. Une retrouvaille.
Comme se retrouvent deux amants après une absence devenue trop présente.
Hier j’avais rendez-vous avec la vie.
Je l’ai aimé, tu sais, la vie, avant.
Je l’ai aimé comme on aime sans attente, sans retour, pour le plaisir d’aimer.
Je l’ai aimé hier.
Je crois même que j’aurai pu lui demander, de continuer, comme ça, de faire un bout de chemin, main dans la main, comme ça.
J’ai pas osé.
Je l’ai aimé juste pour un soir, je l’ai aimé jusqu’au matin.
J’en ai usé, abusé et c’était bien.
Je lui ai susurré de ces mots inventés, imagés, de ces mots que pour elle. J’aurais aimé lui composer, moi aussi, de ces perles de pluie, venues de pays où il ne pleut pas, j’aurais aimé creuser la terre jusqu’après ma mort pour qu’elle ne me quitte pas.
J’aurais aimé.
Hier j’avais rendez-vous avec la vie.
Sur le coup du soir tard, je me suis mise à rire, comme ça, juste pour rien, juste parce qu’il faisait bon rire, et que ce n’était pas si souvent qu’il faisait bon.
J’ai ri pour rien, pour tout, seule, ou à plusieurs, je ne sais plus. J’ai ri de ces rires qui emportent qui transportent, de ces rires qui rendent fou, qu’on est seule à comprendre.
J’ai ri jusqu’à en perdre haleine, jusqu’à en perdre la haine contre elle-même.
J’ai ri jusqu’à pleurer toutes les larmes de l’amer, jusqu’à la goutte d’eau qui a fait déborder la vase. J’ai ri jusqu’à plus soif.
Je l’avais étanchée ma soif, noyée dans un verre d’eau, ou d’alcool, je ne sais plus, ou que trop bien.
Hier j’avais rendez-vous avec la vie.
Depuis elle est partie, la vie.
S.PM
17.04.2006
A la fange des possibles
Rechercher les limites
Toujours
Transgresser les barrières
Les frontières
Brûler les barricades
Les abattre une à une
Comme on abat des murs
A la force de nos passions
Conscient qu’au-delà de cette limite
Notre ticket ne sera plus valable
Nous l’avons composté
Impossible retour
Avancer
Plus toujours plus
Dépasser
Et ce vide en bas
Ce vertige.
Tout semble si dérisoire.
Lassés de regarder
Ces trains
D’être sur le quai des gares
On a juste marché
Le long des rails
Emporté par la fougue
On les a chevauchés
Ces wagons
Erodés.
Nous avons pris ce train
Envole
Nous nous sommes envolés
Nos ailes déployées.
Nos sens décuplés
Exacerbés
Voyageurs insolites
A la fange des limites
Toujours
Peu importe les routes
Les chemins, les déroutes
Que le vent nous emporte
La tornade est trop forte
Nous descendrons
Demain
A la prochaine gare
Je lâcherai ta main
Ce soir il se fait tard.
Au poste d’aiguillage
Nos voies ont divergé
Reprenant leurs sillages
Leurs chemins arpentés
Je rêverai encore
A de nouveau voyage
Je rêverai à tord
De ces fiévreux mirages
S.PM


