13.04.2006
Dernier appel
Elle passe du noir au blanc
Elle a mal en dedans
En l’absence de nuance
Elle avance.
Petits pas,
Pas à pas
Elle balance.
Cadencée, pas valsés
Elle danse
Elle s’invente des airs
Des mélodies, des vers
Des refrains des rengaines
Mascarade trompe la peine
Elle passe du rire aux larmes
Sans alerte,
Sans alarme
Elle sèche ses sanglots
Dans l’écume de ses mots
Elle se crée un mirage
Une illusion
Sans cage
Elle passe du noir au blanc.
Son futur monochrome
Sans odeur sans arôme
Douloureux devenir
Elle masque ses pleurs en rire
Elle savoure le présent
Elle se sait en suspend
Elle rêve d’illusoire
De frasques, d’exutoires
Elle transgresse les limites
Comme pour prendre la fuite
Ne jamais s’arrêter
Voguer danser valser
Entrechat et s’en va
Un jeté, relevé
Une pointe, deux portés
Dans la valse du temps
Elle est reine du mouvement
Elle passe du tout ou rien
Elle s’en va et revient
Elle se perd en dedans
En quête constamment
D’une paix intérieure
Une quiétude, un leurre
Des passions à foisons
Du bonheur sans raison
Elle se brûle les ailes
C’est son dernier rappel
Mais la salle se vide
Les visages sont livides
Une dernière danse
Petits pas et balance
C’était son dernier cri
Petits pas et s’enfuit…
S.PM
02.04.2006
Des rades des rives, des rades dérivent
J’les aime bien tu sais, les bars, les rades et les bistrots.
J’les aime p’t’être un peu trop.
A l’endroit, à l’envers, plus souvent à l’envers.
A la limite, toujours. Du raisonnable, déraisonnable.
Mais il faut les choisir, et bannir, les trop grands, les trop beaux, les trop.
Les policés, les bien lissent, les polis où tout glisse,
Même les verres sur les tables prennent des airs respectables.
Les m’as-tu vu bien en vogue, les très bien démagogue, ceux qui refond le monde à cinq euros la blonde… et les mêmes qui s’affichent, qui étiquettent, qui fichent, qui filtrent leur entrée sans jamais déroger…
Les très bien respectables, respectés admirables, ceux qui accueillent froidement, vous servent poliment. Les bistrots des artistes, anarchistes, si tristes qui regorgent d’idées en buvant leur café, mais dehors, dehors rien n’a changé, dehors.
Puis il y a les bars d’avant, ceux pour les étudiants, collégiens, lycéens à chacun son p’tit sien, les spécial cours séchés, baby foot, une tournée limonades ou café.
Et puis il y a les autres, ceux qu’on ne voit même pas, tristes comme les apôtres, quand on Le crucifia. Ils s’appellent le Gilbert, l’PMU, la tôlière, du néon au plafond, de la sciure par terre, des demis, du houblon et des bouts de misère.
Ceux qui sont juste là ; du matin au trépas, qui accueillent la dérive, dérive des lendemains, des lendemains sans rive, et qui disent « à demain » ils ont juste un p’tit coin, un petit bout de rien.
Une table, quatre chaises, un refrain qui apaise.
Ils sont juste là. Avec toute leur misère, écrit en capitale, avec des gens très bien, qui se croient tout minables, parce qu’ils sont juste comme ça.
Et puis y’a les discours, ceux qui refond le monde, et ceux qui le défont, accolés au comptoir, à chaque bière une histoire.
Il y a les malheureux, défaitistes, amoureux, ceux qui ne croient plus en rien, sauf à leur verre de vin, les égarés d’un soir, passés juste par hasard, éloignés de leur bord qui recherchent un tribord pour amarrer leur peine. Puis il y a les bavards les assoiffés vantards, tout vu, tout entendu, la langue bien pendue, les solitaires amers isolé dans leur bière qui écoutent vaguement les rires des clients. Il y a ceux qui sont là qui pourraient être ailleurs, et ceux qui sont là pour ne pas être ailleurs.
Et puis il y a mon ombre, mon ultime naufrage, qui erre qui vagabonde, au milieu des rivages.
Juste un dernier mirage au milieu de l’écume, une trêve, un passage où divague ma plume. Le temps d’une gorgée, laissez pleurer les mots, le temps d’une envolée, laissez couler les maux.
Je les haime ces cafés, ces bistrots.
Peut-être un peu trop…
S.PM
Petit écho au texte de Madin "Dans la salle du bar tabac de la rue des martyrs":http://forgetmenot.hautetfort.com/
31.03.2006
Mots'crient
Il lui avait crié des mots de papier
De ces papiers usés
Ressassés au fond de ses poches usées.
Il lui avait crié des mots de caillou
De ces cailloux coincés
Retranchés dans ses chaussures usées.
Il lui avait crié des mots,
De ces mots pour trancher
Pour blesser
Des maux justes usés.
Ressortis d’une boîte
Qu’on croyait refermée.
Il lui avait crié.
Elle s’était inclinée
Devant ses mots ratés,
Raturés
Devant ses mots rayés,
Comme on rature les pages d’un cahier d’écolier
Sans réserve
Juste pour le blessé.
Juste pour lui rappeler
Que deux et deux font quatre
Qu’il ne faut pas rêver
Que l’oiseau est en cage
Que ses ailes sont coupées.
Ils s’étaient juste giflés
De ces amours ratés
Jetés en pleine face
Comme un souffle qui glace
Des reliquats d’usure
Des traces de morsures
Des anciennes blessures
D’un quotidien cynique
Routinier, pathétique
Ils avaient essuyé
Les plâtres d’un passé
Devenu trop présent.
Ou peut être trop absent.
Ils s’étaient juste aimés
Comme on aime à vingt ans
Comme on rêve à quinze ans
De sa vie de trente ans
Ils s’étaient juste aimés
Avec des mots papier
Avec des mots carton
Avec des mots chiffon
Ils s’étaient juste aimés.
S.PM


