28.03.2006

Puzzle amer

Et il crie, et il pleure
Sans montrer.
Intérieur
Il a mal
Au dedans au dehors
Il a peur.
Les mots tournent, les mots voguent,
Incessant, permanent.
Comme un feu intérieur, qui consume
Et se brûle
Qui ravage.
Il ravale sa rage.
Il a mal, à crever
Il allume sa mort
Il consume à tort
Cigarette écrasée, cendrier éventré
Il continue encore en corps.
Il ne pourrait faire qu’un
Continuité d’une main
Mais il préfère le tiers
Il s’ouvre une nouvelle bière.
De l’alcool pour panser
Sans penser
Juste pour oublier.
De l’alcool du goudron
Jusqu’à la déraison


Et il crie et il pleure
Sans montrer
Intérieur
Il a mal
Au dedans au dehors
Il a peur
Il voudrait bien fermer
Clore les yeux
S’échapper
Il ressasse, il repasse
Ses morceaux de misère
Son vieux puzzle amer.
Bouts de vide, bouts de rien
Bouts d’ficelles, tout s’éteint.
Il voudrait bien hurler
Crier, tout effacer
Il voudrait bien gommer
Les mots de son passé
Mais les maux malhabiles
Rendent l’encre indélébile.
S’est écrit noir sur blanc
C’est tes cris qu’il entend
Marteler en dedans
Il fait froid, il fait noir
Une lame de rasoir.
Le sang pleure, le sang saigne
Les mots crient et s’éteignent.
Sur l’asphalte, sur la pierre
Un mégot, une bière.

Et elle crie, et elle pleure
Sans montrer.
Intérieur.
Elle a mal au dedans au dehors
Elle a peur.

S.PM

27.03.2006

Partir sans aile

Il l’avait vu amarrer, comme ça,
Contre sa joue,
Il l’avait vu arrimer.
Comme le navire se marre au port.
Il l’avait vu glisser, comme ça,
Contre sa joue,
Il l’avait vu rouler.
Comme la pierre qui roule.
Et qui jamais n’amasse…
Elle s’était égarée, comme ça,
Contre sa joue,
Il l’avait vu sombrer.
Comme une ombre effacée.
Il l’aurait effleurée, comme ça,
Du bout des doigts,
Comme on effleure un rêve.
Il l’aurait caressée, comme ça,
Du bout des lèvres,
Juste à peine frôlée.
Il l’aurait enveloppée, comme ça,
De son amour,
Comme on donne sans retour.
Il aurait pris sa peine, comme ça,
Contre son dos,
Comme on leste un fardeau.
Il l’avait juste croisé, comme ça
Dans l’escalier
Comme un destin croisé
Il aurait bien aimé, comme ça
Avec elle s’envoler.

S.PM

25.03.2006

Souffre ma plume

Les mots souffrent ma plume,
Aliénés,
Devenus autre
Ils ont perdu l’essence
Leur sens
Ils ne sont plus qu’écume
Amertume
Ils ne sont plus ce soir.
L’espoir est mort.
Ce soir.
Et ils crachent leur venin
Comme ultime parjure
Et ils pleurent leur venin
Comme ultime blessure
Les mots crient, les mots crissent
Les mots crient leur chagrin
Les mots traînent, les mots tissent
Les mots tissent en vain
Ils s’appliquent
Ils abdiquent
Ils ne sont que pantins
Ils respirent
Ils aspirent
Les ficelles sont de crin
Les mots fusent, les mots s’usent,
Les mots récusent, et s’excusent.
Jongleurs de maux, de peine
Les passions se déchaînent
Funambule sans filet
Et suppurent les plaies.

Ils respirent, ils aspirent
A d’autres parchemins
Inscrire en majuscules
Du bonheur sans virgule
Marquer à l’encre noire
Un possible illusoire
Croire au juste possible
Au peut-être, au plausible
Faire couler des rivières
De chaleur éphémère.
Juste le temps d’un instant
Juste le temps d’un fragment
Juste le temps…

…Ce soir les mots cessent leur danse
Ils se font tour à tour silence
Absence.
Les mots souffrent ma plume.
Ce soir.

S.PM